jeudi 31 mai 2007

La vague blanche

"Eh bien moi je vous propose la vague blanche puisque je suis en blanc."
Une certaine perméabilité de l'inconscient peut n'être pas malvenue lorsqu'il s'agit de se faire choisir. Il serait bon à présent que quelqu'un lui fasse entendre que cette période est terminée.

(via Koz)

68 et 81, Foucault et Bourdieu rocardiens...

+ Mitterrand, Chevènement, la gauche, la droite, les Lip et l'autogestion...

Didier Eribon chez Sylvain Bourmeau le 15 mai dernier:


(fichier MP3)

"Ils étaient rocardiens et ont été renvoyés par l'évolution du parti socialiste (...) dans une radicalité extérieure à la gauche..."

(Eribon dédouane les intellectuels radicaux un peu rapidement, amha. D'ailleurs une écoute attentive reconnaîtra une certaine contradiction autour des notions de gauche et de droite.)

La passion de l'inégalité

Ce n'est pas l'amour de la richesse ni d'aucun bien qui pervertit la volonté, c'est le besoin de penser sous le signe de l'inégalité. Hobbes là-dessus a fait un poème plus attentif que celui de Rousseau: le mal social ne vient pas du premier qui s'est avisé de dire: "Ceci est à moi"; il s'agit du premier qui s'est avisé de dire: "Tu n'es pas mon égal." L'inégalité n'est la conséquence de rien, elle est une passion primitive; ou plus exactement, elle n'a pas d'autre cause que l'égalité. La passion inégalitaire est le vertige de l'égalité, la paresse devant la tâche infinie qu'elle exige, la peur devant ce qu'un être raisonnable se doit à lui-même. Il est plus aisé de se comparer, d'établir l'échange social comme ce troc de la gloire et du mépris où chacun reçoit une supériorité en contrepartie de l'infériorité qu'il confesse.

Jacques Rancière: Le Maître ignorant, 1987.

lundi 28 mai 2007

MoDem ADSL

Sur le MoDem, on s'est dit, avec Louis, qui, en session de rattrapage au Jonquet ces jours-ci se prépare à affronter l'autre Louis en 2037, que ça avait des connotations pas terribles, que ça rappelle le temps où les pages web mettaient deux plombes à se charger. On suggère ADSL: "Alliance pour la Démocratie Sociale et Libérale". Et si Bayrou n'en veut pas, ça pourrait être le nom du parti issu de l'explosion du PS. L'alliance MoDem - ADSL, ce serait collé!
L'image est prise du blogue de Versac. C'est un modem wifi - et sans doute ADSL. On a essayé WIFI, mais ça ne donne rien: "Wagon Indépendant...", ça commence mal!

Quitterie Delmas

Des Jeunes libres de s'engager Annotated

J'ai tellement vu des adhérents dans des partis, parce que les règles du jeu n'étaient pas justes, qui passaient leur temps libre, leur passion à souffrir, à en vouloir à d'autres, à s'empoisonner la vie.
J'ai tellement vu de salariés dans des entreprises jalouser d'autres, passer plus de temps à pourrir la vie des autres qu'à s'épanouir eux même.
Vous me direz tout cela est très humain. Oui mais comme pour chaque chose, on choisit de le faire ou pas. Un peu l'histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide. j'ai toujours choisi de regarder celui à moitié plein et je ne compte pas changer !
Je ne veux pas de cette vie là.
Je ne vous la souhaite pas non plus.
(L'affaire de la désinvestiture de QD fait mal au moment du lancement du Modem. Voir aussi le billet de Cédric Augustin, que je remercie au passage, s'il passe par ici, pour Dîlan.)

Lecture: Pouvoir et persuasion / Peter Brown

"Un petit groupe de notables, vêtus de robes blanches de cérémonie qui les désignaient comme conseillers municipaux, faisaient la haie à l’extérieur des portes de la ville. Derrière eux, en rangs soigneusement ordonnés, se tenaient les représentants des autres groupes professionnels - les corporations, le clergé et les factions du cirque. La foule se pressait derrière eux, jusque dans les rues de la ville, se hissant sur les toits et se perchant sur les tas d’ordures pour mieux voir le nouvel arrivant descendre l’avenue principale dans sa voiture haute sur roues."

Voir notes de lecture sur cercamon (photo Antiquité Tardive sur Flickr).

dimanche 27 mai 2007

Perception de l'immigration en Europe et aux Etats-Unis

Antisémitisme, islamophobie et immigration. Iran : négocier ou faire la guerre ? (à suivre) - Carnets du Diplo

Une majorité de Britanniques, d’Allemands, d’Italiens estime que "trop" d’immigrés réguliers résident dans leur pays respectif. Chez les premiers, ils sont 67% à le croire contre 55% outre-Rhin et chez les transalpins. Cette proportion baisse en Espagne, où ils sont 45% à parler d’un nombre démesuré d’étrangers installés légalement dans la péninsule ibérique. Ils ne sont que 32% de Français et 35% d’Américains à abonder dans le même sens.

Selon une large proportion d’Américains (43%), les étrangers installés outre-atlantique sont "plutôt intégrés" ou "totalement intégrés". Allemands, Français, Italiens et Britanniques ne l’entendent pas de cette oreille. Ils sont respectivement 58%, 56%, 52% et 50% à penser que les immigrés résidant sous leurs cieux sont soit "plutôt pas intégrés" ou "pas du tout intégrés".
la place des musulmans pauvres dans leur communauté est de + 2% (par rapport à la place des pauvres aux Etats-Unis), mais de + 22% en Grande-Bretagne, + 18% en France. 47% des musulmans américains se considèrent d’abord musulmans (avant de se considérer citoyens de leur pays), alors qu’ils sont 81% en Grande-Bretagne et 46% en France.
MàJ: Sardanapale:
le Pew Center a eu la bonne idée de faire la distinction entre les musulmans nés à l’étranger et ceux nés aux États-Unis. Or les réponses de ces derniers n’ont rien de rassurant.
La proportion de ceux qui se disent insatisfaits de la société US est élevée: 77%, contre 45% pour les musulmans toutes origines confondues, et 61% pour les Américains en général.
Les musulmans nés aux Etats-Unis sont en outre plus nombreux à vouloir rester distincts plutôt qu’adopter les coutumes américaines (les immigrés, dans leur grande majorité, disent l’inverse).
De plus, 7% des jeunes musulmans américains ont une opinion “favorable” d’al-Qaïda – ce qui donne à ben Laden un réservoir de sympathisants de 35.000 âmes!

samedi 26 mai 2007

Accélérations

Ames sensibles s'abstenir (pub. X Box, via Long Views):



Plus vite (Maps of War, via Long Views):



(Gravissime lacune - même si on ne chipote pas à propos des religions vernaculaires: le zoroastrianisme / manichéisme... Peux pas m'empêcher!)

Réveil progressif ?

Faut-il déjà envisager le scenario magique du dernier quinquennat : une gabegie de dépenses et cadeaux inefficaces et sans évaluation, suivie d'un grand appel à se serrer la ceinture et une angoisse créée sur la dette, peu opérante in fine ? Scenario de droite habituel (face à son miroir de gauche). Où sont les libéraux et les orthodoxes, qui ont pourtant maillé le fond de cette campagne ?
Lire le billet de Versac "Politique à l'envers ?".

Explication complémentaire sur le blogue d'Erik Israelewicz:
Cette relance de la croissance, les socialistes voulaient la provoquer en dépensant plus, l’équipe Fillon compte, elle, sur des réductions massives d’impôt, dès cet été, sur un choc fiscal donc !
Pas facile de comparer cette stratégie à ce qu’a fait, avec succès, l’Allemagne depuis deux ans. La coalition allemande a elle aussi procédé en deux temps, c’est vrai. D’abord les cadeaux, ensuite les efforts. (...) il y a une grande différence. L’équipe d’Angela Merkel a d’abord augmenté les dépenses, elle a ensuite augmenté les impôts, la TVA notamment. Ici, le gouvernement baisse tout, les impôts d’abord, les dépenses ensuite. Le problème, c’est qu’augmenter la TVA, c’est facile : une loi y suffit. Ca rapporte gros : les recettes fiscales sont immédiates. Réduire le nombre de fonctionnaires, c’est beaucoup moins facile. (...) Les baisses d’impôts, on les a, ça, c’est facile, c’est sûr. Les réductions de dépenses, ça l’est moins. C’est là que (...) le choc risque de devenir électrochoc, la pause de conduire à une explosion du déficit. C’est cela qui inquiète nos partenaires européens. On les comprend.

mercredi 23 mai 2007

"Pourquoi je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet..."

Libération (Rebonds):

Vouloir faire lire en début d'année cette lettre risque de limiter cet exercice à une séquence émotionnelle à laquelle la lettre se prête particulièrement bien. Je ne sais pas s'il s'agit là de la motivation profonde de cette initiative ; est-il permis de rappeler au nouveau président que l'enseignement de l'histoire ne s'accommode pas de ce seul registre mais a toujours besoin de sens, c'est-à-dire en l'occurrence d'une remise en perspective dans un contexte élargi. Or il existe déjà pour ce faire un cadre qui concerne quasiment tous les lycéens des filières générales, technologiques ou professionnelles, celui des programmes officiels d'histoire et de l'étude de la Seconde Guerre mondiale.

Le Figaro (Débats et Opinions):

Non, Monsieur le Président, je ne lirai pas la lettre de Guy Môquet tant que n'auront pas été engagées les réformes structurelles du ministère de l'Éducation nationale qui mettront fin à la démence toute puissante des instances coupables des mesures les plus destructrices de tout espoir de justice sociale, tant que n'auront pas été engagées les réformes pour que l'école cesse de conforter les enfants dans leur nature d'enfants, pour que l'école accepte enfin de remplir sa seule mission : instruire.
(Petit exercice: Comparez les deux argumentaires. A partir de cette comparaison et de cet exemple précis, expliquez pourquoi la droite a gagné idéologiquement les élections présidentielles.)

Voir aussi sur le blogue "Hansen-Love Philosophie".

PS, grain de sel: n'étant ni enseignant, ni parent d'élève, je ne suis pas directement concerné. J'ai tout de même envie de dire que, sans m'indigner, ce genre de mesure me hérisse profondément, comme serait de faire chanter en choeur la Marseillaise aux gamins, ou leur faire agiter des petits drapeaux tricolores. J'ai peut-être tort, l'endoctrinement est peut-être une composante nécessaire de l'éducation nationale, mais je n'y peux rien, ça me révulse.

PPS. Le nouveau ministre de l'Education nationale vient de déclarer "indispensable" le vouvoiement à l'école, "pour que chacun soit à sa place". Encore une fois, je ne me sens pas autorisé pour juger de la pertinence de cette position ministérielle. J'ai tout de même envie de remarquer qu'il semble régner un consensus assez général, de la droite et de la gauche "de gouvernement", pour proner une réinstitiutionnalisation de l'école, une restauration de l'autorité et des statuts en son sein. C'est peut-être nécessaire mais je crains que l'essentiel ne soit pas là et que même cette réinstitutionnalisation, outre qu'on puisse la soupçonner d'instrumentaliser l'école au service d'objectifs et de débats qui ne sont pas les siens, parasites, donc, se révèle impuissante voire nocive si elle n'est pas couplée à une redéfinition radicale des fonctions de l'école (ce n'est pas le lieu de développer ici, je ne sais pas d'ailleurs si je saurais le faire - je me contente de renvoyer, à titre de piste à un billet récent que j'ai posté sur bibliothécaire).

MàJ.: échanges sur le blogue de Baptiste Jacomino (ici & ), qui me fait lire une remarquable synthèse de Michel Fabre (qui démolit, sans haussements de voix excessifs, ce discours "républicain" sur l'école dont la récente campagne a consacré le triomphe).

lundi 21 mai 2007

Homo Numéricus: les bonnes personnes aux mauvais endroits?

Gouvernement Fillon et nouvelles technologies : les bonnes personnes aux mauvais endroits Annotated

Alors que le premier gouvernement du nouveau Président de la République Nicolas Sarkozy, vient d’être nommé sous la direction du Premier Ministre François Fillon, on peut s’interroger sur la manière dont les dossiers importants relatifs aux nouvelles technologies vont être traités.
...
Valérie Pécresse, 39 ans, nommée Ministre de le Recherche et de l’Enseignement Supérieur, est emblématique : conseillère chargée des études, de la prospective et des technologies de l’information à l’Elysée en 1998, elle est, depuis 2002, vice-présidente du groupe d’études Internet, technologies de l’information et de la communication et commerce électronique à l’Assemblée Nationale.
...
...
Jean-Pierre Jouyet, récent co-auteur avec Maurice Levy d’un rapport remarqué sur la France et l’économie de l’immatériel. Contestable et contesté pour l’ignorance du rôle des biens communs dont il fait preuve, ce rapport a cependant été salué pour avoir mis en lumière l’importance de l’économie des biens informationnels dans un pays qui l’ignore habituellement.

dimanche 20 mai 2007

Ce que pourra Kouchner (suite)

En complément de la note d'hier: dans l'Obs d'aujourd'hui, François Hollande explique que Bernard Kouchner sera, au sein du gouvernement Fillon, réduit à la "portion congue". Curieusement, il ne cite pas Hubert Védrine (toujours membre du PS, lui) qui dit assez clairement, dans un communiqué Associated Press, qu'il aurait accepté le poste si le Quai d'Orsay n'avait pas été réduit, précisément, à la portion congrue (on remarquera que les tractations n'ont apparemment pas porté sur les choix mais sur le territoire).

"Curieusement", c'est rhétorique, bien sûr.

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Au peuple turc

Libération, 19 mai 2007:

Nous appelons les gouvernements européens à confirmer les promesses et les engagements de l'Union européenne et à encourager les futurs changements en réaffirmant qu'ils souhaitent voir une Turquie réformée et qui répond à toutes les exigences rejoindre l'Union européenne comme membre à part entière.

samedi 19 mai 2007

Bernard Kouchner, la politique étrangère de la France et l'Union méditerranéenne.

Lecture de la tribune apologétique que Bernard Kouchner publie dans le Monde d'aujourd'hui. Je trouve les indignations des responsables du Parti Socialiste ridicules et, oui, un peu, indignes. Un récent billet de maître Eolas montre qu'en outre son exclusion expresse témoigne du mépris de ces responsables à l'égard des procédures régulières du parti et donc à terme d'un mépris de fait de la démocratie qui n'a rien à envier à celui qu'ils dénoncent dans le camp adverse (on se rappelera que Laurent Fabius, qui a saboté la campagne socialiste au moment du référendum sur le TCE, n'a pas eu droit à un traitement aussi rigoureux). De même je trouve que les accusations portées contre les ministres de gauche ou du centre, d'être "allés à la soupe" ou de s'être "laissés enivrés par les ors du pouvoir" témoignent de la part de ceux qui les portent d'une conception étroite de l'ambition politique, inquiétante lorsqu'elle est portée par des hommes qui se sont eux-mêmes voués à la politique. Ils savent bien qu'il n'est pas d'ambition politique pure au sens où elle serait dépourvue de toute satisfaction personnelle. Réduire cette satisfaction au profit matériel (la soupe) ou aux jouissances de vanité (les ors), c'est faire peu de cas de la jouissance plus haute de la puissance, celle de pouvoir faire, ce qui se dit en langage politique "le goût de servir". On pourrait faire crédit à Bernard Kouchner, sans angélisme, sans avoir à le supposer indemne de toute satisfaction de vanité, d'avoir accepté l'offre de Nicolas Sarkozy par ambition de faire tant que ça lui est encore possible, de justifier à ses propres yeux son acceptation par le désir de servir. Et lorsqu'on veut bien juger de cette acceptation sous l'angle politique et non sous l'angle d'une morale hypocrite, on peut alors estimer qu'il se trompe, que son ambition de puissance sera déçue ou qu'elle ne sera pas mise au service d'objectifs politiquement justes (comme le fait par exemple Daniel Cohn-Bendit sur son blogue).

Ainsi:
La politique extérieure de notre pays n'est ni de droite ni de gauche. Elle défend les intérêts de la France dans un monde qui se réinvente chaque jour.
On comprend de quoi se soutient une telle affirmation: la fin de l'internationalisme marxiste et la continuité de la diplomatie française, y compris dans ses errements, à travers les alternances de ces trente dernières années. Il me semble pourtant que cette affirmation est profondément erronée. Les choix d'alliances ne sont pas politiquement neutres même s'ils ne sont pas toujours faciles à ranger sur un axe unidimensionnel droite-gauche mais ce n'est pas cela que j'ai d'abord en tête. Ce à quoi je pense, c'est au déficit en terme de stratégie et de projet dont souffre la gauche dite modérée d'avoir abandonné l'internationalisme à l'extrême-gauche et de l'avoir ainsi laissé réduire à la solidarité avec le Vénézuéla de Chavez ou l'indulgence envers le régime castriste, d'un côté, aux sympathiques gesticulations altermondialistes de l'autre. Je ne vois pas comment articuler un projet de gauche réaliste sans repenser l'internationalisme socialiste, sans articuler une stratégie internationale face à la globalisation financière. Une telle stratégie ne pourrait rester nationale et suppose des propositions d'alliance. L'orientation diplomatique qui la traduirait ne peut vraisemblablement pas être impulsée par un gouvernement de droite.

Un exemple concret: la question des droits patrimoniaux. C'est le point 10 du consensus de Washington. On n'en a pas beaucoup parlé pendant la campagne, et lorsqu'on en a parlé, on n'en a pas beaucoup dégagé la dimension internationale. Le candidat Sarkozy a été très clair et en continuité avec la pratique du gouvernement sortant, qui a fait de la France est un des pays d'Europe, voire le pays d'Europe le plus crispé sur la défense des droits des propriétaires. Il y a fort à parier que la diplomatie sarkozyenne s'opposerait, au niveau européen (qui est de la compétence de Kouchner) à une tentative de mise en cause de ces droits patrimoniaux.

De façon générale, rares sont les questions ou les enjeux nationaux qui n'ont pas leur pendant dans d'autres pays, à commencer par les pays d'Europe. Prétendre que ces questions sont de compétence strictement nationale et qu'elles n'intéressent pas la politique extérieure, dans le contexte de l'internationalisation du capital c'est livrer les travailleurs à l'impuissance démocratique, c'est, pour un homme de gauche, oublier ce que l'internationalisme prolétarien a apporté aux travailleurs des pays capitalistes.

Tout ceci dit, on aurait sans doute tort de reprocher à Bernard Kouchner de trahir une stratégie internationale que le Parti Socialiste n'essaie même pas d'articuler, ni dans son projet, ni dans sa pratique lorsqu'il est aux affaires.
_________

Autre chose, qui n'a qu'un rapport lâche à ce qui précède: par deux fois, le soir du 6 mai et dans son discours d'investiture, Nicolas Sarkozy a déclaré son ambition d'oeuvrer pour une Union Méditerranéenne. Il l'a également évoquée au cours du débat du 2 mai. Je me souviens avoir entendu Robert Badinter arguer, il y a quelques mois sur France-Culture, contre l'entrée de la Turquie dans l'UE, qu'il y avait dans cette ambition une vision néo-colonialiste. Je m'étais dit à ce moment-là que la différence entre le projet colonial et l'ambition universaliste de l'Europe telle qu'elle s'appliquait dans le cas de l'adhésion de la Turquie, c'est que si les Turcs devaient entrer en Europe, ce serait avec un statut de citoyen et non de sujets, et que ça faisait toute la différence (on se rappellera que la gauche républicaine avait adhéré au projet colonial comme projet civilisateur, que ce projet avait été reçu comme une promesse par une partie importante des élites des pays colonisé et que cette promesse fut trahie... mais c'est toute une autre discussion). A la différence de l'adhésion turque, le projet d'Union Méditerranéenne me semble, dans le parallèle qu'en fait NS avec l'Union Européenne, clairement relever d'une vision néo-coloniale. Croit-on sérieusement que les pays du nord et ceux du sud y seraient sur un pied d'égalité? Croit-on sérieusement que la France y engagerait ne serait-ce qu'une fraction de sa souveraineté? Dans le meilleur des cas, le parallèle avec l'UE ne sera qu'un artifice de communication et cette Union méditerranéenne ne sera qu'une structure de coopération de plus (auquelle on souhaitera naturellement le meilleur succès possible - voir sur les différentes structures euro-méditerranéennes de coopération une note sur Publius concernant la décevante initiative Euromed ou l'appel à contributions, très argumenté, d'un colloque dont je n'ai pas trouvé les comptes-rendus).

Précisons un peu: si on compare les trois déclarations de Sarkozy sur cette Union méditerranéenne, on se rend compte que l'artifice de communication est à géométrie variable: lorsqu'il évoque l'Union Méditerranéenne au cours du débat du 2 mai, c'est à propos de la Turquie. On peut y voir une variation sur le thème du partenariat privilégié porté par les adversaires de l'adhésion de la Turquie à l'UE, cependant ce thème est posé un peu plus tard dans le débat. S'agissant de l'Union méditerranéenne, elle est proposée à la Turquie comme une alternative, indépendante, à l'adhésion européenne, NS en fait même le coeur de cette Union alternative (noter que la Turquie n'attend pas le feu vert de Nicolas Sarkozy, ni de l'Europe pour développer ses réseaux de coopération économique, avec l'Egypte en particulier). Dans ces deux discours programmatiques, celui du soir du 6 mai et son discours d'investiture, l'orientation est différente: le centre de l'Union méditerranéenne s'est déplacé à l'ouest et elle est conçue comme un trait d'union entre l'Europe et l'Afrique. La Turquie et l'Asie Mineure ont disparu et on reconnaît alors la continuité avec l'histoire coloniale et post-coloniale française.

On voit mal ce que Bernard Kouchner, partisan de l'adhésion de la Turquie, tirera comme mandat de ce programme.

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mercredi 16 mai 2007

Rêves, jeux et paris

www.com-vat.com: Texas hold'em sarkozyen
Sarkozy nous laisse songeurs, incapables de déterminer s’il est en train, effectivement, d’habiter la fonction au point de prendre les problèmes à bras le corps, l’un après l’autre et à toute allure pour mieux les régler, ignorant les pleurnicheries de ses fidèles déçus, ou s’il se contente de brasser du vent dans l’espoir de laminer la gauche le mois prochain et mieux se chiraquiser l’été venu. Bluffe-t-il ? Nous entraîne-t-il dans une partie de strip-poker qui nous laissera à poil en bout de mandat ? Est-il, au contraire, en train de construire quelque chose d’inédit, d’incompréhensible pour quiconque, comme moi, cherche à s’adosser à des repères connus ?
Filant la métaphore vegas-ienne jusqu’au bout, et me fondant sur mon expérience du sarkozysme dans le monde réel, je choisis l’hypothèse du poker-menteur, du coup d’esbroufe sans substance. Une attitude confortable, d’ailleurs : que l’histoire me donne raison et je me vanterai d’une vaticination à succès ; qu’elle me donne tort et c’est le pays qui y gagne.
Oui, on en est là. Le soir du 1er tour, Nicolas Sarkozy nous annonçait le "rêve français" et depuis le soir du 6 mai nous sommes dans un état comme ça, de rêve. Le rêve d'un Tony Blair de droite pour certains, le cauchemar d'une ascension à la Arturo Ui pour d'autres. Et, comme le papillon de Zhuangzi, nous en venons à douter si nous n'avons pas rêvé plutôt pendant les mois de campagne: oubliés les enjeux, les chiffres, les disputes, même les craintes et les espoirs, Bayrou: fantomatique, les règlements de compte au PS: irréels, les appels à la "nécessaire-rénovation-sociale-démocrate": machinals, le naufrage de l'extrême-gauche: insignifiant. On voudrait se réveiller, on voudrait regarder ailleurs mais on en est incapable, on n'arrive pas à détacher ses yeux du magicien qui occupe le devant de la scène, fascinés par le mouvement des cartes ou des gobelets de bonneteau. Alors on sort du théâtre, pour un temps dépolitisé et un peu écoeuré, on reviendra lorsque le spectacle sera terminé.

Pour relativiser un peu la dépolitisation:

dimanche 13 mai 2007

Sur le front local

A ma gauche, une mauvaise nouvelle (de plus): Garibaldo ferme Nissa 2008. Avec un an d'avance donc - et comme il reste anonyme, on ne pourra même pas exercer des pressions personnelles! Merci pour le beau travail.

A ma droite (?), Christian a mis en ligne un petit reportage sur le stage "Parole donnée" organisé par l'association "Voix Haute" (pour nous rappeler qu'à côté des débats qui peuvent nous opposer, il y a la réalité du travail qui s'accomplit. Comment disions-nous à l'IEO ? La fé sens òbra, mòrta es).

samedi 12 mai 2007

Radicalisation

Le Monde.fr : Provocations policières

Ainsi, le soir du 6 mai, c'est la police qui paraît brutale, illustrant les nombreux témoignages de "bavures" recueillis depuis dix-huit mois dans le quartier. Les jeunes, comme les adultes, dénoncent notamment les contrôles d'identité à répétition et les interpellations rugueuses. D'autres font état d'insultes régulières, en particulier de la part des CRS.
Quelques mois plus tôt, c'était la police qui était victime de violences "gratuites" : pendant les émeutes de 2005, l'antenne de police du quartier avait été incendiée ; le 19 octobre 2006, un équipage était violemment agressé ; une semaine plus tard, un groupe de mineurs brûlait des voitures. Une illustration, sur le long terme, de la "double radicalisation" dont parlent les sociologues à propos des rapports entre jeunes et policiers dans les quartiers.

Le Monde.fr : Un policier manifestant : "Faut-il qu'on brûle des voitures ?"

Arrivé en 2006 dans le commissariat du 1er arrondissement, à la sortie de l'école des officiers, Walter estime que les policiers "sont de plus en plus mal perçus par la population".
"En Allemagne, ils construisent des commissariats en verre qui ne sont pas caillassés,
dit-il. En France, regardez ce qui s'est passé à la gare du Nord. Un travail normal de contrôle d'identité est perçu comme illégitime." Un policier l'interrompt, impatient. Il travaille à la police aux frontières et en veut aux journalistes. "Qu'est-ce qu'il faut faire pour que vous parliez de nos problèmes ? Qu'on brûle nous aussi des voitures ?"

Sur la croissance des inégalités en Amérique

SSRN-Inequality and Institutions in 20th Century America by Frank Levy, Peter Temin
(via Dani Rodrik)

Les années d'après-guerre ont été dominées par l'activité des syndicats, un cadre de négociation établis dans le Traité de Détroit, des impôts progressifs, et un salaire minimum haut - tous faisant partie d'un effort général du gouvernement pour distribuer largement les produits de la croissance. Les années plus récentes ont été caractérisées par des renversements dans toutes ces dimensions résultants dans une configuration institutionnelle connue comme le Consensus de Washington. Les autres explications de la disparités des revenus, y compris les questions liées au compétences induites par l'évolution technologique et au commerce international doivent être vues comme des facteurs opérants à l'interieur de cette histoire institutionnelle plus large.
(Extrait, rapidement (!) traduit par moi, du résumé d'un papier du département d'économie au MIT. Ci-dessous extraits de la concluision:)
Les éléments du Consensus de Washington ont été adoptés au nom de l'amélioration de l'efficacité économique. Mais on reconnaît de plus en plus que le mode actuel "libéral" [free-market] de distribution du revenu - la combinaison de larges inégalités et de salaires stagnants pour beaucoup de travailleurs - crée ses propres inéfficacités "molles" dans la mesure où les gens [people] sont de plus en plus désenchantés par les arrangements économiques existant. Comme l'écrit Stephen Pearlstein:

"Jusqu'à présent, les Américains se sont accomodés de plus d'inégalité de revenu que les Européens, les Canadiens ou les Japonais. Mais leur tolérance est en train de s'épuiser tandis qu'ils voient les petits malins de Wall Street et les dirigeants de sociétés devenir fabuleusement riche en coupant dans la sécurité économique des travailleurs pauvres et de la classe moyenne. Non seulement la sécurité d'emploi, les retraites privées et les assurances maladies fournies par l'employeur ont été fortement réduites mais il y a aussi une érosion visible des services publics qui servent de sécurités minimales - écoles et collèges, transport, santé, loisirs, formation professionnelle et bons d'alimentation. Un grand nombre de citoyens sentent qu'ils avancent maintenant sur une corde raide économique, sans filet, et c'est cela - plus que l'envie [mansion-envy] - qui anime leur anxiété."

(...)
Les 6 dernières années d'histoire fiscale fédérale ont engagé une politique "inhospitalière" dans laquelle les gagnants ont utilisé leur pouvoir politique pour accroître leurs gains. Mais le sentiment politique peut changer. Une détresse économique, comme celle des années 30, peut induire un tel changement. Même la plus petite détresse économique des années 70 a suffi à rediriger la politique économique américaine. Seul le temps dira s'il faudra plus de détresse économique pour changer à nouveau de politique.
Au moment où la "rupture" annoncée par le nouveau président en France peut se comprendre grossièrement comme une complétion des mesures du "Consensus de Washington" imparfaitement implémentées par le gouvernement de droite précédent, il est intéressant de mesurer l'écart avec la temporalité des politiques anglo-saxonnes. (NB. Le terme "Consensus de Washington" désigne primairement les critères appliquées aux pays en difficulté, par la Banque Mondiale en particulier. Dans un billet récent Dani Rodrik note l'évolution des économistes du développement, remettant en cause l'automaticité de l'application des 10 principes du CdW.)

mercredi 9 mai 2007

Libertés publiques et coopération policière et judiciaire dans l Union européenne

Quoi de neuf en Europe

De la même façon, dit le CEPD, “l’espace commun de liberté, de sécurité et de justice (ndlr : troisième pilier de l’Union européenne) dans lequel l’ information va circuler librement entre les autorités judiciaires … exige un haut niveau de protection des données personnelles dans tous les états membres ». Or, telle n’est pas l’orientation prise par les états.

C’est pourquoi, ceux qui prônent l’Europe des nations fonctionnant sur une base intergouvernementale devraient préciser à ceux qui seraient tentés de les écouter qu’il s’agit là de la solution la moins démocratique qui soit.

Dimanche soir à la Bastille (sur Flickr)


, originally uploaded by Hugo*.

Welcome to Sarkoland/ Hugo

D'autres sets:
- Anti-Sarkozy Riots in Paris / Nocturnales
- Riots in Paris for elections / glucozze
- Bastille 6 mai 2007 / phverant
- Daniel Meyer

Pendant ce temps en Asie Mineure...

Chroniques de Beyoglu: Rattraper le train en marche

Qui est aujourd'hui le président turc? Ahmet Necet Sezer, spécialiste du Veto à toute réforme démocratique depuis 2002. Un Kémaliste, un Laïc pur et dur, pour qui laïcité veut dire pas de femme voilée à Cankaya, et pas de lois pour rétablir les minorités chrétiennes dans leurs droits. D'un autre coté il y a bien la laïcité française qui mugit sur les racines chrétiennes à tout bout de champ, loin de moi l'idée de juger.

mardi 8 mai 2007

Le yacht

[Big Bang Blog] - Et si on commençait par ne pas le regarder, sur son yacht ?

Oui, je sais, on pourrait rire. Si on avait envie. Il y aurait de quoi. La France qui se lève tôt et dort au Fouquet’s. La retraite méditative dans un yacht de soixante mètres à Malte, choisi de préférence à l’abbaye de Solesmes ou à la villa de Clavier, pour "habiter la fonction". Le choc des images, leur schizophrénie, leur incohérence : Bigard chantant les laudes, Clavier au plateau des Glières, etc. Quelle rigolade en perspective !
Je pense même que si vous avez envie de rire, vous n’avez pas fini de rire. Les Guignols ont du boulot pour cinq ans.
Mais je vais vous décevoir : je n’ai pas envie de rire.
Dans ces rires, je sens un piège.
Et pas seulement dans les rires. Je pourrais aussi pousser de hauts cris d’effroi devant ces premières provocations, cette manière de nous balancer à la figure, à peine élu, les millions de la pub et des stars du showbiz.
Mais dans cet effroi, je sens le même piège.
(...)
Alors quoi, fermer les yeux ? Parler d’autre chose ?
Non. Mais regarder ailleurs. Regarder les actes, par exemple. Les actes concrets du président qui a dit ce qu’il ferait, et qui fera ce qu’il a dit. Les détails des projets de loi. Les chiffres ingrats. Les pots cassés, dans les cités lointaines. Regarder où il ne voudra pas que nous regardions. Et puisqu’il veut que nous le regardions, invisible sur son yacht, puisque tout son système de fascination s’annonce construit sur ces provocations, commencer donc par ne pas regarder son yacht.

[Je me demande tout de même si NS n'est pas en train de faire sa première erreur stratégique, l'erreur classique de l'excès de confiance, qui tue aux échecs par exemple, si après la contrainte si visiblement pénible lors de son débat avec SR, il ne lâche pas imprudemment la bride à ses pulsions, à son goût de la provocation, qui avait laissé pointé le bout de son nez le soir du 1er tour, lorsqu'il avait fait un doigt d'honneur ad usum Chiraci en se faisant suivre par les équipes motoportées. Le soir du 1er tour il savait qu'il avait gagné s'il ne faisait pas d'erreur. Aujourd'hui les législatives sont pliées, sauf...
Sinon, comme le fait remarquer un commentaire sur le blogue de Schneidermann, "regarder ailleurs" devrait être ne pas se contenter de regarder les faits et gestes, même gouvernementaux, du nouveau président, ce devrait être aussi contruire une alternative crédible, convaincante et tenable. Mais ça, ce n'est pas dans le temps qui nous sépare des législatives que ça pourra être fait.
En tous cas, moi, je vous promets je vais essayer de regarder ailleurs dès ce soir... essayer!]

dimanche 6 mai 2007

L'annonce (mini-live blogging)

20:20.- Un peu surréaliste: Ségolène Royale semble nager en plein bonheur et Nicolas Sarkozy, dans sa bagnole, semble faire la gueule (une migraine peut-être?). Et puis la première réaction de Strauss-Kahn, sur France 2, en contraste frontal avec le discours de Ségolène Royal (beaucoup plus rapide et nettement meilleur que celui de Melle, il y a 15 jours), "une très grave défaite"! La guerre est ouverte au PS (ceci dit, il a pas absolument tort quant à l'analyse).

21:00.- Le discours de Sarkozy: 10/10, je ne peux pas le dire autrement. Bon, on va voir comment ça va tenir à l'usage. Très exactement: son discours semble confirmer l'hypothèse optimiste: son discours revanchard et diviseur de Bercy, confirmé jeudi (je crois), était à finalité stratégique. Sa campagne de 2e tour, à contre-pied des supputations des analystes et commentateurs, a été d'une intelligence diabolique (!), ce qui est rassurant (j'imagine que mon ami Eric, en bon joueur d'échecs, a apprécié). Ceci dit, comme dit plus haut, si sa position dans ce début d'état de grâce est irréprochable (pour un président de droite!), il ne faudrait pas que le discours de division et de bouc-émissairation ressorte comme ressource au moment des épreuves.
En tous cas maintenant il a le sourire.

21:30.- Le Pen: "Les gens ont voté contre madame Royal." Ben, voyons. Parle tout de suite de l'Europe. Evidemment avec ce que vient de dire NS, il se sait, encore plus nettement qu'il y a quinze jours, cocu. Ce qui n'est pas le plus triste de la soirée!

21:45.- Intervention de François Bayrou, en différé. Rien à redire mais un peu terne. On comprend: 40% de ses électeurs (et 80% de ses députés) ne l'ont pas suivi. Là encore, contre Bayrou, Sarkozy a été extraordinairement habile. Alors que Ségolène Royal a courtisé les électeurs du centre, Nicolas Sarkozy a relayé, avec son attaque de la pensée 68, la stratégie de clivage gauche-droite qui avait été celle du PS, contre Bayrou, dans la campagne du 1er tour. Il s'est assuré le ralliement des députés UDF sans ouvrir son discours au centre. Du coup, il a fixé les électeurs Bayrou dans leurs origines et mis Bayrou dans une situation difficile dont il aura beaucoup de mal de se sortir avant les législatives.

Blogage politique (expérience personnelle)

Fin, jeudi dernier, de congés qui ont été l'occasion d'une expérience de blogage politique intense (pour moi).

BILAN:

Fréquentation:

Avec une constatation intéressante: quand on s'y met avec un peu de constance, ça a des conséquences rapidement sensibles en termes de fréquentation.

On remarquera deux cornes (diaboliques?) sur la courbe. La première correspond à l'article du Monde signalant un de mes billets. La seconde, si elle suit un lien depuis le blogue de Versac, n'y semble pas liée et me reste un peu mystérieuse, elle correspond en particulier à un petit nombre de visites très longues et extensives (le pic est surtout de nombre de pages vues). On remarquera aussi que la courbe redescend dès jeudi, lorsque je recommence à travailler et que je cesse de poster (bon, c'est pas net à cause de la 3e petite corne qui vient de pousser tardivement aujourd'hui, due à un afflux soudain de requêtes vers le billet de 2004 "Turkménistan: archéologie (Karakum)" - ce qui arrive de temps en temps et, dans une moindre mesure de requêtes sur "La votation présidentielle vue de Suisse" - sorry people, fausse piste!).

Live-blogging:

J'ai fait un essai de live-blogging pendant le débat SR / FB, qui m'a valu le lien de Versac. J'ai renoncé à le faire pour le débat SR / NS et je le regrette (je viens de publier le brouillon du compte-rendu que j'ai essayé de faire après coup et que j'ai laissé tomber par ennui d'avoir à expliciter mon appréciation de la position de SR sur la Turquie).

Commentaires:

Parallèlement au postage à peu près quotidien je me suis pas mal agité dans les zones de commentaires, chez moi et ailleurs. En particulier:
Je regrette de n'avoir, pris que j'étais dans le courant de l'actualité, pas répondu au commentaire de Frédéric sur "Les citadelles bayrouistes": il y a là, me semble-t-il, un piste de réflexion féconde pour l'avenir.

Dérive:

Je regrette aussi de n'avoir pas plus posté sur la question des libertés numériques) et de m'être laissé prendre dans la dérive de la campagne de second tour que NS a menée de manière redoutablement admirable).

Scrupules:

Trois billets m'ont posé des problèmes que je pourrais dire "éthiques":
  • celui par lequel j'avais relevé une bourde de Jean-Marie Cavada, le 22 mars, que j'ai dépublié le lendemain en m'en expliquant,
  • celui sur la "botte" des Amis de Ségolène, le 20 avril, que j'ai dépublié vendredi soir, dans un mouvement d'humeur devant la mauvaise foi militante de qui l'utilisait,
  • celui sur le lapsus de NS, le 3 mai, que j'ai failli dépublier pour des raisons analogues à celles que je donnais sur la bourde de Cavada - je ne l'ai pas fait parce que j'en ai un peu assez du tabou qui s'est peu à peu installé sur la constataion de la parenté entre NS et JMLP.
J'ai été assez surpris d'avoir été, à ma connaissance, le seul à avoir relevé la bourde de Cavada et le lapsus de Sarkozy - ou est-ce que le niveau général de scrupule est plus élevé que le mien? ça m'étonnerait fort. Ou bien que l'une et l'autre seraient insignifiants? Vraiment?

Le "jeune prof de droite" qui avait lié le billet sur la "botte" m'a accusé d'"auto-censure". Ce que j'assume. Se taire sur une vérité n'est pas mentir et je revendique le droit de déterminer la frontière entre la vigilance et la délation (avec un critère utile si pas suffisant: considérer si l'objet visé est ou non du côté du manche), je revendique aussi, dans une campagne électorale, le droit de ne pas publier des informations qui font argument contre mon choix sans m'en dissuader, il suffit que je les admette si on me les présente. Et puis de manière générale, l'"auto-censure" est le début de la civilisation (voir la discussion avec Baptiste).

Maintenant que la campagne, officielle ou sauvage, est pratiquement terminée, je republie les billets dépubliés.

Et le vote?

Le blogage n'aura été ces dernières semaines que la partie émergée d'un iceberg de gamberge. Si je me situe assez précisément sur une éventail politique, dont je relativise par ailleurs la pertinence, je ne suis pas un militant, à chacun des tours de cette élection je me suis trouvé en face d'une pluralité d'options possibles, comme par ailleurs mes interlocuteurs familiers peuvent défendre des positions très éloignées des miennes, d'un côté comme de l'autre, (et c'est précieux), ma gamberge, voire mon indécision, ont été très mobiles (moins pour le 2d tour que pour le 1er, je l'avoue). Dans ces conditions, il m'a été vital de me repérer des points de fixation concrets.

Ainsi pour ce second tour je vote:
Derrière chacun de ses enjeux, qu'on trouvera marginaux, ils l'ont été en tous cas dans la campagne mais ils ont l'avantage d'être clairs et précis et derrière chacun d'eux je n'aurais pas de mal à expliciter quels enjeux fondamentaux sont impliqués (la conception de la nation, l'avenir de la démocratie, politique, sociale et économique, l'ambition du projet européen).

Conclusions:
Au total donc, chaque vote repose sur un pari qui n'est pas gagné : le pari qu'une Ségolène Royal élue pourra, et voudra, décentraliser la société française afin de la rendre réformable; le pari qu'un Sarkozy élu utilisera son pouvoir pour mener des réformes allant dans le bon sens. Chacun de ces paris, à mon humble avis, repose sur de faibles probabilités de succès. (éconoclaste)
Demain, ce ne sera pas un blanc-seing délivré à une personne. Les institutions, l'opposition, les forces politiques, les partenaires sociaux, les citoyens, les internautes et les media seront là pour continuer à faire valoir et transformer. Il faudra juste continuer. La vie ne s'arrête pas le six mai. (versac)

jeudi 3 mai 2007

Le débat

[Je poste pour mémoire le brouillon rédigé le soir même et que j'ai laissé tomber par ennui - ou plus exactement à cause de la complexité de l'appréciation de la position de SR sur la Turquie. L'essentiel de mon appréciation du débat est dans l'échange avec Baptiste en commentaire de "Libérer la parole ?".]

(Pour Cécile: pas de live-blogging cette fois: ça prend la tête - mais je regrette un peu, ça occupe! De toutes façons, ce soir les ténors s'y étaient mis: Versac, Jules, SDL...)

en vrac:

- version match de boxe (pour filer la métaphore sportive chérie par NS): SR vainqueur au point. NS était sur la défensive (autant contre lui-même que contre SR, sans doute) et il a tenu jusqu'au bout sans perdre ses nerfs. Mais coup il n'était pas à l'aise et s'est laissé dominer.
- sur le contenu, avantage NS sauf exception. En particulier les points les plus gênants pour lui sont à peu près escamotés (réductions d'impôts, politique numérique...)
- les regards: au départ NS regarde SR longuement et souriant (sourire de conciliation). Puis peu à peu, alors que SR le regarde presque constamment, il regarde PPDA
- la Turquie: NS: "Il faut dire aux Turcs qu'on n'en veut pas..." après il peut dire "grand pays, etc.", on a entendu le mépris. SR: je me retrouverais assez bien dans ce qu'elle dit mais "les manifestations pour la laïcité et la démocratie..."

mercredi 2 mai 2007

Diabolisations

Ecoutez-les, les héritiers de mai 68 qui cultivent la repentance, qui font l’apologie du communautarisme, qui dénigrent l’identité nationale, qui attisent la haine de la famille, de la société, de l’Etat, de la nation, de la République.
Dans cette élection il s’agit de savoir si l’héritage de mai 68 doit être perpétué ou s’il doit être liquidé une bonne fois pour toutes.
Commentaire d'Henry Rousso (Mai 68 ou l'ennemi imaginaire / Annette Willard dans Libération de ce matin):
«On utilise un argument du type des discours contre-révolutionnaires au XIXe siècle, qui consistaient à voir dans un événement historique révolutionnaire ­ qu'on qualifie de maléfique ­ les causes d'un supposé déclin français» , rappelle l'historien Henry Rousso, ancien directeur de l'Institut d'histoire du temps présent. «Mais ici le discours se réfère à la culture, donc il est vague et extrêmement difficile à déterminer. C'est la différence entre le discours conservateur, qui réhabilite les valeurs traditionnelles de la famille et du travail, valeurs dont se réclame aussi Ségolène Royal, et le discours réactionnaire, qui prétend que la perte de ces valeurs vient d'une configuration historique. C'est un argument fantasmagorique, qui ne tient pas sur le plan historique. D'abord, Mai 68 n'est pas une césure majeure dans l'histoire du monde­ si on la compare avec la chute du mur de Berlin en 1989. Et faire de 68 la cause unique de toutes les valeurs dominantes aujourd'hui est une absurdité.»
«Aucun sens». En tout cas, le but est simple : «J'ai voulu rendre à la droite républicaine sa fierté [...], qu'elle cesse d'avoir honte d'être à droite», explique Sarkozy lui-même (dans le discours de Tours, le 10 avril). Et pour cela, il a trouvé un bouc émissaire. «Sur le plan historique, cette configuration de 68 n'a aucun sens , reprend Henry Rousso. Sarkozy veut marteler cette idée qu'il y a une culture de droite ­ qui existe, mais il veut la définir en érigeant un ennemi imaginaire. Il reproche à Ségolène Royal et à la gauche de le diaboliser, mais c'est ce qu'il fait : il érige Mai 68 en une sorte de figure du diable... absolument indéfinissable.» [Gras de mon fait.]
[Je complète et modifie ici un billet d'hier intitulé "diabolos", dont le titre était un peu (trop) allusif. Il m'était venu à la suite d'un échange en commentaires sur "Liberté des médias" où CJ voyait Nicolas Sarkozy un "séisme symbolique", à quoi j'opposais comme exemple de novation symbolique le dialogue de la veille entre Ségolène Royal et François Bayrou. Après coup, comme je relisais le discours de Bercy, sensible à son effet violemment diviseur, je me suis souvenu de l'étymologie du mot "diable"(Wikipedia: "Diable provient du grec diabolos (de diabolein = séparer) qui signifie calomniateur qui est l'inverse du grec symbolon : rapprochement."), ce qui collait assez bien avec notre échange. Bien sûr, étymologie n'est pas raison, mais je dirais volontiers que, selon l'étymologie, le débat de samedi était une avancée "symbolique" et le discours de Bercy un séisme "diabolique", enfin... une tentative.]

Jean-Marie et Nicolas: un beau lapsus de Sarkozy

Ce matin, sur France-Inter, par deux fois Nicolas Sarkozy appelle Nicolas Demorand "Jean-Marie". Pas mal!

Ecouter [MP3]:


Va-t-il nous en sortir un aussi beau ce soir?

mardi 1 mai 2007

La République des retraités ?

Un sondage IFOP [pdf] du 27 avril sur les intentions de vote au 2d tour donne un résultat assez stupéfiant: Ségolène Royal est majoritaire dans toutes les tranches d'âge sauf chez les plus de 65 ans mais sur cette tranche d'âge, le poids du choix Sarkozy (75%/25%) est tel qu'il renverse le choix de toutes les autres tranches d'âge. A propos de la crise du CPE on a beaucoup parlé de fracture générationnelle mais on imaginait par là plutôt un divorce entre les quinquagénaires qui "occupent les places" (les soixante-huitards) et les vingt- trentenaires qui voient leur route bouchée, j'ai même lu hier une analyse du discours anti-68 de NS dimanche comme une expression de cette opposition. Le sondage Ifop semble indiquer une fracture générationnelle d'un autre type, déplacée vers le haut.

Le discours de revanche, camp contre camp, entonné par le candidat de la droite et probable chef de l'Etat, rend cauchemardesque cette réalité qui pourrait autrement n'être que préoccupante. Lorsqu'on se souvient combien la mythologie de mai 68 a habité le mouvement anti-CPE de l'année dernière (ce que j'avais trouvé regrettable), il est significatif que ce soit la manipulation de cette même mythologie, mais en sens inverse, dans celui de la réaction, qui ait été utilisée par NS et cela dessine l'image d'une France clivée entre les jeunes et les actifs, d'un côté, les vieux de l'autre, retraités et rentiers, plébiscitant un gouvernement de retour à l'ordre et de restauration de l'autorité.

Les chiffres du sondage Ifop:


(via Laurent Bervas, sur AgoraVox, à qui j'emprunte l'image.)

(Je me souviens d'une émission de télévision en février où je trouvais NS assez bon sur les questions fiscales, pragmatique, etc., et puis il a sorti une tirade pour justifier la suppression (ou la réduction, je ne sais plus) de l'impôt sur les successions: "quand on a travaillé toute sa vie...", fini les arguments pragmatiques, économiques, et je me suis dit, voilà, on retombe dans l'idéologie et dans le clientélisme purs. Le sondage Ifop donne une dimension pathétique à cette manoeuvre.)

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