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samedi 12 mai 2007

Sur la croissance des inégalités en Amérique

SSRN-Inequality and Institutions in 20th Century America by Frank Levy, Peter Temin
(via Dani Rodrik)

Les années d'après-guerre ont été dominées par l'activité des syndicats, un cadre de négociation établis dans le Traité de Détroit, des impôts progressifs, et un salaire minimum haut - tous faisant partie d'un effort général du gouvernement pour distribuer largement les produits de la croissance. Les années plus récentes ont été caractérisées par des renversements dans toutes ces dimensions résultants dans une configuration institutionnelle connue comme le Consensus de Washington. Les autres explications de la disparités des revenus, y compris les questions liées au compétences induites par l'évolution technologique et au commerce international doivent être vues comme des facteurs opérants à l'interieur de cette histoire institutionnelle plus large.
(Extrait, rapidement (!) traduit par moi, du résumé d'un papier du département d'économie au MIT. Ci-dessous extraits de la concluision:)
Les éléments du Consensus de Washington ont été adoptés au nom de l'amélioration de l'efficacité économique. Mais on reconnaît de plus en plus que le mode actuel "libéral" [free-market] de distribution du revenu - la combinaison de larges inégalités et de salaires stagnants pour beaucoup de travailleurs - crée ses propres inéfficacités "molles" dans la mesure où les gens [people] sont de plus en plus désenchantés par les arrangements économiques existant. Comme l'écrit Stephen Pearlstein:

"Jusqu'à présent, les Américains se sont accomodés de plus d'inégalité de revenu que les Européens, les Canadiens ou les Japonais. Mais leur tolérance est en train de s'épuiser tandis qu'ils voient les petits malins de Wall Street et les dirigeants de sociétés devenir fabuleusement riche en coupant dans la sécurité économique des travailleurs pauvres et de la classe moyenne. Non seulement la sécurité d'emploi, les retraites privées et les assurances maladies fournies par l'employeur ont été fortement réduites mais il y a aussi une érosion visible des services publics qui servent de sécurités minimales - écoles et collèges, transport, santé, loisirs, formation professionnelle et bons d'alimentation. Un grand nombre de citoyens sentent qu'ils avancent maintenant sur une corde raide économique, sans filet, et c'est cela - plus que l'envie [mansion-envy] - qui anime leur anxiété."

(...)
Les 6 dernières années d'histoire fiscale fédérale ont engagé une politique "inhospitalière" dans laquelle les gagnants ont utilisé leur pouvoir politique pour accroître leurs gains. Mais le sentiment politique peut changer. Une détresse économique, comme celle des années 30, peut induire un tel changement. Même la plus petite détresse économique des années 70 a suffi à rediriger la politique économique américaine. Seul le temps dira s'il faudra plus de détresse économique pour changer à nouveau de politique.
Au moment où la "rupture" annoncée par le nouveau président en France peut se comprendre grossièrement comme une complétion des mesures du "Consensus de Washington" imparfaitement implémentées par le gouvernement de droite précédent, il est intéressant de mesurer l'écart avec la temporalité des politiques anglo-saxonnes. (NB. Le terme "Consensus de Washington" désigne primairement les critères appliquées aux pays en difficulté, par la Banque Mondiale en particulier. Dans un billet récent Dani Rodrik note l'évolution des économistes du développement, remettant en cause l'automaticité de l'application des 10 principes du CdW.)

dimanche 17 décembre 2006

Pour une redéfinition de la social-démocratie?

Conseillé à l'instant par Yves Michaud à l'Esprit Public: Capitalisme ou démocratie ? L'alternative du 21ème siècle / Marc Fleurbaey (Grasset et Fasquelle):
Chômage, inégalités, précarité… Notre « modèle social » affiche de bien piètres performances. Faut-il alors en faire le dernier rempart contre les assauts du libéralisme qui, mondialisation aidant, préfigurent un monde plus compétitif et plus dur pour les perdants ? Ou faut-il, au contraire, rechercher une nouvelle articulation entre marché et Etat, entre concurrence et protection ? Observant les évolutions de long terme des sociétés modernes, l'auteur décèle un décalage frappant entre l'hégémonie croissante des valeurs démocratiques dans le discours ambiant, allant de pair avec les capacités d'autonomie accrue des citoyen(ne)s et la persistance de l'autoritarisme et des rapports inégaux dans la sphère économique. Ce décalage pourrait fournir la clef d'un scénario optimiste pour le futur. En effet, la logique démocratique a vocation à s'imposer dans tous les lieux où se prennent des décisions qui affectent l'économie et en particulier l'entreprise , qui pourrait fonctionner de façon à la fois plus équitable et plus efficace en organisant une meilleure prise en compte des intérêts de chacun. En allant au bout du raisonnement, on voit se profiler une nouvelle « sociale-démocratie », qui mériterait mieux son nom que l'ancienne. Alors que cette dernière instituait, sous l'égide d'organismes centraux, une protection sociale uniforme et, d'un certain point de vue, paternaliste, sans s'attaquer aux prérogatives des élites dirigeantes, la nouvelle social-démocratie apporterait plus de sécurité, d'autonomie et d'égalité en donnant à chacun les moyens de participer aux décisions qui le concerne. Le marché garderait sa place centrale dans les rouages économiques, en raison des vertus démocratiques de la décentralisaton. Néanmoins, la démocratisation de l'entreprise représenterait un réel progrès économique et social, et induirait un dépassement des rapports sociaux inégaux qui caractérisent le capitalisme. Cet après-capitalisme « démocratique » ressemblerait bien peu aux divers scénarios étatistes qui ont longtemps alimenté les espoirs de progrès social, mais une telle perspective semble mieux à même de répondre aux défis de notre époque.
(Me rappelle 1981, après mai je me disais: "Ce qu'il faut partager, c'est le pouvoir, pas l'argent." Et puis j'ai vite déchanté, sans véritable surprise d'ailleurs, très vite l'"autogestion" et derrière ce mot toute stratégie de désenclavement du pouvoir a été disqualifiée, "ringardisée". Curieusement ou caractéristiquement, l'évolution s'est faite en parallèle au sein de la gauche de gouvernement, en France, et au sein de la culture du management. En écoutant Yves Michaud à l'instant, j'ai eu le sentiment d'un énorme gâchis, d'une énorme perte de temps: 25 ans, une génération.)

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