N.: C’est un peu le problème aujourd’hui, l’élection d’E. Macron a tellement dynamité le PS et LR que toutes les balises idéologiques ont explosé. Qui sont les représentants légitimes (et reconnus) de la droite « traditionnelle » aujourd’hui ? Cela permet à toute le monde de s’appeler « la droite » et de récupérer des idées, même les plus nauséabondes...
dimanche 6 octobre 2019
Macron, gauche et droite
dimanche 21 octobre 2018
Le néolibéralisme comme achèvement de l'individualisme

Paradoxe: alors que le néolibéralisme est couramment dénoncé comme le terrain d’un hyper-individualisme fossoyeur des valeurs communes, sa prétention totalitaire qui absolutise la loi du marché signe le déclin voire la disparition de l’individualisme.
Et c’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui.
Si le libre jeu des choix individuels est l’optimum du fonctionnement des sociétés, alors l’échelon pertinent n’est plus l’individu.
A-t-on assez remarqué que dans la fable de Mandeville, il s’agit d’insectes?
jeudi 12 juillet 2007
La défaite des girondins
Revue ESPRIT - Nicolas Sarkozy, lecteur de Gramsci / Jérôme Sgard
(Plus d'extraits...)Jusqu’à il y a peu, en effet, il semblait acquis pour beaucoup que les seuls à même de réconcilier pacifiquement la France avec l’Europe, la globalisation et les marchés viendraient de l’aile centriste du Parti socialiste. Disons, de tous ceux qui auraient soutenu Rocard, Delors et Strauss-Kahn aux présidentielles passées (on pourrait ajouter Mendès-France), et qui cette fois-ci ont souvent penché pour Bayrou, tout en lisant avec avidité Cohn-Bendit. On sait que cette convergence «libérale-libertaire», apparue dans les années post-68, proposait pour résumer un projet où les risques et les tensions de la libéralisation économique seraient équilibrés par une société devenue plus vigoureuse, plus innovante et aussi plus démocrate, parce que moins centrée sur l’État. Autonomie sociale, décentralisation, européanisation : tels étaient les trois thèmes centraux du rocardisme, auxquels on pourrait ajouter la distance par rapport aux intérêts financiers privés – faites-nous confiance pour libéraliser, nous sommes désintéressés !...
Cette stratégie est aujourd’hui défaite, à la fois au plan politique et idéologique. Elle a été battue successivement par les jacobins de gauche, puis par les bonapartistes de droite, dans une sorte d’alliance intergénérationelle entre Mitterrand et Sarkozy.« Déclinisme » et néo-bonapartisme auraient en somme partie liée, là où le discours commun international voit plutôt dans le second la cause du premier. Inversement, l’appel girondin à la société civile et à la décentralisation serait associé dans un tel contexte à l’idée d’une démission ou d’un renoncement.
lundi 2 juillet 2007
Du libéralisme progressiste
L'économie néo-libérale, que le parti travailliste a fini par accepter, soutenait le fait qu'il y avait un compromis négatif entre l'égalité et l'efficacité économique. Et moi, j'ai voulu démontrer que, s'agissant d'Adam Smith et des premières interprétations de ses écrits, il n'y avait pas cette opposition, il était tout à fait possible de combiner ces deux idéaux qui étaient d'une part la promotion d'une économie sociale et la poursuite de l'égalité dans le monde politique.(Gareth Stedman Jones, dans la Fabrique de l'histoire, vendredi - à partir de la 28e minute.)
jeudi 31 mai 2007
La passion de l'inégalité
Ce n'est pas l'amour de la richesse ni d'aucun bien qui pervertit la volonté, c'est le besoin de penser sous le signe de l'inégalité. Hobbes là-dessus a fait un poème plus attentif que celui de Rousseau: le mal social ne vient pas du premier qui s'est avisé de dire: "Ceci est à moi"; il s'agit du premier qui s'est avisé de dire: "Tu n'es pas mon égal." L'inégalité n'est la conséquence de rien, elle est une passion primitive; ou plus exactement, elle n'a pas d'autre cause que l'égalité. La passion inégalitaire est le vertige de l'égalité, la paresse devant la tâche infinie qu'elle exige, la peur devant ce qu'un être raisonnable se doit à lui-même. Il est plus aisé de se comparer, d'établir l'échange social comme ce troc de la gloire et du mépris où chacun reçoit une supériorité en contrepartie de l'infériorité qu'il confesse.
Jacques Rancière: Le Maître ignorant, 1987.
jeudi 19 avril 2007
La torpille Rocard / Zaki Laïdi (pour un social-libéralisme assumé)
Certes, la gauche peut légitimement récuser l’étiquette sociale-libérale. Mais elle peut difficilement en combattre le contenu. Et de ce point de vue, il n’y a guère de raison de se laisser impressionner par la valeur des mots. Car jusqu’en 1989, la gauche refusait de se dire sociale-démocrate, ce qu’elle n’a d’ailleurs historiquement jamais été. Combien de temps lui faudra-t-il pour se dire sociale-libérale ?[D'autres extraits sur le blog-notes.]
On peut n'être pas totalement convaincu par l'argumentation de ZL. Elle me semble en particulier sous-estimer singulièrement le poids idéologique de l'anti-libéralisme à la fois spécifiquement dans la gauche, où il trouve des appuis historiques et "identitaires" mais aussi plus largement dans l'ensemble de la société française (et à droite donc, d'où la confusion dans l'interprétion du non de mai 2005). Supposer que le PS puisse faire son aggiornamento (social-libéral) à froid et sans risque pour son unité, alors que ni mai 2002, ni mai 2005 n'ont suffi, est peut-être un peu optimiste. En tous cas, ça change des trop fréquentes invectives qui, du sein du PS, ont répondu à la propostion rocardienne.
mercredi 28 mars 2007
Le néo-capitalisme anti-libéral selon Marianne
Les réformes de Marianne (5/7) : revenir aux fondements du libéralisme
ce qui s'avère de plus en plus nécessaire et urgent, c'est de restaurer certaines valeurs, certains principes fondamentaux du libéralisme, tels que la Révolution française les a portés, et auxquels le néocapitalisme est en train de porter systématiquement et radicalement atteinte la pluralité éradiquée par l'unicité monopolistique; la concurrence mise à mal par les abus de position dominante; l'accès au marché et la propriété démocratique étouffés par les fusions-concentrations et les ententes; la liberté d'entreprendre asphyxiée par la financiarisation.
L'évaluation libérale d'Alain Madelin
Nicolas Sarkozy a proposé une exonération des droits de succession. Si j'avais un choix à faire, en tant que libéral, je choisirais de les maintenir, sur les grandes successions, voire même de les augmenter, en échange d'une suppression de l'impôt sur la fortune. Il est plus intelligent de frapper la fortune quand elle se transmet que quand elle se crée. Une solution intermédiaire est de réformer l'impôt sur la fortune sous la forme d'un à-valoir sur les droits de succession.
Aux Etats-Unis, quand Bush a fait la même proposition que Sarkozy de supprimer les droits de succession, vous avez eu une pétition des milliardaires américains pour dire "ce serait scandaleux, on n'en veut pas". Je n'ai pas vu la même pétition des milliardaires français.
...
C'est avec un peu de tristesse que je vois le débat de 2007, non seulement ne pas articuler de politique économique claire pour l'avenir, mais de plus, nous offrir une campagne, dans cette dernière ligne droite qui est celle des postures, totalement occultée par la question "essentielle" de l'identité nationale et des drapeaux tricolores aux fenêtres. Je regarde cela un peu navré. Mais enfin, je suis ravi que l'orchestre du Titanic joue "La Marseillaise".
dimanche 4 mars 2007
Internet et post-libéralisme
(Extrait de la présentation en ligne: La mondialisation serait le péril principal, et le marché, le diable : la gauche, qui incarna longtemps l'espérance, a-t-elle fini par céder au pessimisme social ? (...) le marché peut aussi être mis au service de la lutte contre les inégalités et que la mondialisation constitue une chance pour quelques milliards d'individus de sortir du dénuement.)Le propos et la question qu'il pose à la gauche m'apparaît pertinent voire urgent mais voilà que Grunberg argumente:
"Le marché, sans l'aide de l'Etat, a créé le plus grand bien public gratuit de l'histoire avec Internet..."Hein? L'armée et les universités, ça n'a rien à voir avec l'Etat?
Ce qui est vrai, c'est que la génèse d'Internet, dans son histoire, ne correspond en rien à la conception colbertienne, top-down, étatiste, des Très Grand Projets industriels auxquels nous sommes habitués, le succès de l'internet est le succès d'un réseau qui s'est peu à peu constitué associant des agences gouvernementales, des universités, qui ne sont pas aux Etats-Unis des administrations, et des entreprises commerciales.
Outre la stupéfaction que suscite cette ignorance, chez des intellectuels tentant de repenser la gauche française, de la réalité d'un phénomène comme Internet, cette contre-vérité (qui, me semble-t-il, est très répandue) est le symptôme dans notre débat politique d'une ankylose du concept devenu central de libéralisme. Les conséquences de cette ankylose (ou idéologisation, ou dogmatisation...) sont dramatiques pour la gauche: en confondant libéralisme et capitalisme, les "anti-libéraux" (la gauche de la gauche, y compris la gauche du PS) ne savent proposer, au-delà des velleités, qu'un renforcement d'un étatisme euphémisé comme "défense du service public", symétriquement, à opposer de façon binaire libéralisme et étatisme, les tenants du social-libéralisme se condamnent à ne proposer qu'une version aménagée du libéralisme de droite.
Pendant ce temps, aux Etats-Unis, entre autres, à partir de la réalité, prise au sérieux, de l'internet et de l'économie de l'information, certains essaient de penser une nouvelle configuration économique, politique et sociale qui n'est plus celle du capitalisme libéral classique (voir par exemple Yochai Benkler: The Wealth of Networks).
(Le problème (pour nous), c'est que ce qu'on pourrait appeler le "post-libéralisme" pousse sur le terrain d'économies et de sociétés libérales or ni l'économie, ni la société françaises ne sont libérales. Ce pourrait être une chance, celle de nous éviter certaines des douleurs de la libéralisation sauvage: il y a des retards féconds, mais pour cela il faudrait avoir la claire volonté d'aller au-delà du "libéralisme" et non de rester en deça et la conscience que le "post-libéralisme" (vers quoi, il me semble tend quelqu'un comme Thierry Crouzet) n'est pas un anti-libéralisme, qu'il est même, dans les conditions particulières de la France, un libéralisme.
La présentation en ligne de Question d'éthique se termine par ces questions:
La désignation de Ségolène Royal marque-t-elle une inflexion dans le rapport de la gauche au monde ? S'agit-il d'un tournant qui permettra précisément à la gauche de se doter d'une nouvelle perspective ?Bonnes questions, non?
