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jeudi 14 mai 2015

jeudi de l'Ascension



Je me réveille tard ce matin, je récupère par une nuit longue (relativement, je ne me suis pas endormi tôt non plus) les nuits courtes de la semaine. C'est un peu grâce au chat qui dormait si bien, si décidément, lors de mes précédents réveils. Je fais la vaisselle pendant que chauffe l'eau de mon petit déjeuner, en écoutant le service protestant. Epître aux Philippiens, 2:
  • Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus Christ,
  • lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu,
  • mais s’est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et ayant paru comme un simple homme,
  • il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix.
  • C’est pourquoi aussi Dieu l’a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom,
  • afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre,
  • et que toute langue confesse que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.
Et lorsque advient le moment du Notre Père, je m'interromps et le prononce à voix haute avec le pasteur. Et puis il est dix heures et commence la messe. La messe, je ne l'écoute pas en général, je ne l'écoute presque jamais à vrai dire.

Ce jeudi matin de l'Ascension, les programmes de France-Culture, sont ceux d'un dimanche et je me demande: où sont les militants de la laïcité? 

Qui écoute la messe, d'aujourd'hui ou du dimanche? Quelle proportion des auditeurs de France-Culture? Chaque année le jour de l'Ascension est férié et la radio publique diffuse la messe. Sur France Culture, sur la radio publique, les catholiques ont la messe, les protestants ont un service, les autres chrétiens et les juifs une émission semi-religieuse et les musulmans une émission pas religieuse du tout, aux horaires erratiques. La commission Stasi de 2003 avait inclus dans ses recommandations, en même temps que l'interdiction du foulard islamique à l'école, celle de l'institution de deux jours fériés pour les fêtes de Kippour et de l'Aïd el Kebir. Cette dernière recommandation avait été repoussée par le président Chirac, soutenu par la presque totalité de la classe politique[1] qui y voyait du "communautarisme"[2].
  1. y compris François Bayrou mais pas François Hollande ni Emmanuel Valls (note pour moi-même)
  2. Elisabeth Badinter arguait que la population juive ne représentait qu'un pour cent de la population et que sur ce un pour cent la moitié seulement pratiquait (ce qui me semble beaucoup) et qu'on n'allait pas faire un jour férié pour 300 000 personnes. Elle ne disait rien, à ma connaissance, des pourcentages de musulmans, dans la population française ou de pratiquants.

mardi 11 décembre 2007

Commentaire chez Versac samedi (pour mémoire)

L'esprit public dézingue Bayrou

Versac: Et je suis globalement d'accord avec eux. Surtout avec Bourlanges.

Mon commentaire:
Mouais, si c'était globalement la fête à Bayrou tout à l'heure, les propos n'étaient pas identiques. Etre d'accord avec Bourlanges n'était pas tout à fait équivalent à être d'accord avec Gallo, qui prend à peu près le même ton haineux qu'il avait à l'endroit de Ségolène Royal l'année dernière mais dont il ne dédaigne pas les anecdotes fielleuses aujourd'hui.
De toutes façons, c'est la tendance de cette fin d'année, d'étriller Bayrou. Le mépris affecté et les poussées de haine rappelle la traitement dont avait bénéficié Michel Rocard, de la part de l'entourage mitterrandien en particulier.
On lui reproche de ne s'être pas rallié à Sarkozy, on lui reproche de ne s'être pas rallié à Royal, on lui reproche de ne s'être pas rallié, quoi. Et vous, Versac, vous vous seriez rallié à l'une ou à l'autre?
Ensuite pas mal d'autres commentaires, certains dans une ligne analogue à la mienne (en particulier Sumac).

Hier matin Versac rajoute un long complément à son billet pour dire, en gros et pour ce que j'en comprends, que ce n'est qu'avec Bourlanges qu'il est d'accord!

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vendredi 14 septembre 2007

"Il faut simplement se taire pendant un moment..."

C'est le conseil de Denis McShane aux socialistes français ce matin sur FC:
Ecouter [MP3]:


"Partez en vacances, laissez monsieur Sarkozy faire ses propres erreurs..."

C'est apparemment la stratégie suivie par François Bayrou. Il la justifie dans un entretien à Sud-Ouest:
Quand un pouvoir s'installe, cela ne sert à rien de faire des commentaires. Les gens donnent leur confiance à ceux qu'ils ont élus, plus exactement ils la prêtent. Ils attendent de voir quelle est l'évolution de la réalité avant de formuler leur jugement.
(via Diner's Room)

dimanche 29 avril 2007

Libertés des médias

Ce matin, Max Gallo se gausse de la phrase de François Bayrou: "Je n'en ai pas de preuve mais j'en ai la certitude." La phrase pourtant n'a rien d'absurde, et suppose que François Bayrou a eu des éléments positifs qui font preuve pour lui mais qu'il ne peut pas produire, comme une confidence qui ne serait pas assumée publiquement. Faute de quoi, ce qu'implique la déclaration du directeur général délégué de la chaîne, la déclaration de FB serait soit mensongère, soit relèverait d'une confusion entre conviction et certitude, étonnante de la part de quelqu'un qui nous a habitués à un usage scrupuleux de la langue française.

En tous cas, la phrase, comme l'insinuation faite par Ségolène Royale à propos de l'annulation du débat devant la PQR, a été maladroite: elles permettent des réponses outragées des responsables de médias mis en cause alors que, me semble-t-il, les témoignages assumés - et non plus des confidences - ne manquent pas de la propension de Nicolas Sarkozy à intimider les médias.

Cette propension - qui n'exclut pas le passage à l'acte (Alain Genestar, Joseph Macé-Scaron...) - semble bien connue du milieu journalistique, ce qui amènerait à penser que dans la plupart des cas la menace n'a plus besoin d'être explicite (il suffit, comme le dit Plantu, que son objet soit un peu "pétochard"). La menace la plus efficace, n'est-elle pas muette, intériorisée et devancée? (Voir aussi les commentaires sur mon billet "Mensonge?".)

A ce propos, j'ai trouvé ça, ce matin:

[Big Bang Blog] - Et maintenant, le débat Samizdat

L’autre jour, on parlait des médias russes, avec Youlia Kapustina, et de la manière dont ils se sont poutinisés, après leur intermède de liberté, sous Eltsine. Elle me disait qu’il n’y a jamais eu, ou très peu, d’interdiction pure et simple. Il y a toujours des raisons, techniques ou juridiques, pour lesquelles on ne peut pas dire ceci, ou cela. De très bonnes raisons, imparables, comme toujours les raisons techniques et juridiques. Et la Russie poutinienne regorge d’excellents techniciens, et de fins juristes.
A qui dirait que le parallèle est abusif, que la Russie n'est pas la France et que ça n'a rien à voir, je répondrais que j'ai cru pouvoir me rendre compte que, pour des raisons structurelles plus que culturelles, la situation post-soviétique n'est pas si radicalement éloignée qu'il semble de la situation française (et que si je n'en ai pas la preuve j'en ai la certitude). Mais je conviendrais que la comparaison de Daniel Schneiderman est grossièrement éxagérée: après tout, on ne tue pas les journalistes en France.

Dernière minute: j'avais loupé ça:

Alberto Toscano, correspondant de l'hebdomadaire italien «Panorama» à Libération hier:
Pas plus tard que ce matin, un journaliste de la télé m'a dit qu'il avait fait l'objet d'une mise en garde de l'entourage de Sarkozy, à propos du débat Bayrou-Royal. Je lui ai demandé si je pouvais rapporter cette information en citant son nom. Il m'a répondu : "N'écris rien... Je ne veux pas être cité."

samedi 28 avril 2007

Le débat (?), essai de live-blogging

11:12.- En attendant le début d'un débat qui promet d'être acrobatique (ça ne peut pas être un débat classique, style match de boxe, les 2 débatteurs, et surtout SR, initiatrice de l'exercice, n'auraient qu'à y perdre mais inversement trop de complaisance réciproque ferait apparaître l'opération comme un plan com artificiel), après la poignée de mains pour les photographes... Valérie Pécresse et Christophe Caresche s'empaillent...

11:18.- SR: "ce n'est pas un débat, c'est un dialogue..." ben oui, logique, ç'aurait été plus clair de le dire plus tôt. SR est un peu trop longue en intro., je trouve, s'approprie l'exercice. Tendue.
FB reprend le mot dialogue. "En discutant voir ensemble ce qui est l'intérêt du pays".

SR: "les citoyens experts de ce qui les concernent..." Définition du projet VIe république.

Pour l'instant SR et FB ne se regardent pas. Ils regardent les journalistes. Faudrait pas non plus que la "dispute", les vraies matières à discussion soient shuntées.

11:30.- Question de Bourdin sur le ralliement de FB. Faudrait pas non plus que ça tourne à l'interview dudit.
"Vous ne direz pas pour qui vous voterez le 6 mai?
- Je ne donnerai pas de consigne de vote!" Nuance.

11:35.- SR s'est dégourdie, meilleure et elle parle du fond. Du coup FB semble moins bon (assez d'accord avec Versac sur le live-blogue de qui je viens de jeter un coup d'oeil). C'est la faiblesse de FB dans toute cette campagne: bonne position de front, manque d'arrière-pays (pour ne pas dire de profondeur, qui serait ambigu). Remet le couvert sur le débat lui-même!

Bien, Ségolène, la réponse sur les indemnités, pas démago.

Mesures anti-concentration: parlez concret... et regardez-vous (pas Bourdin)!

Ce qui ne va pas, c'est que c'est un débat (modéré, à l'américaine) et pas un dialogue!

11:50.- L'Europe. Vrai désaccord. Salaire minimum, ils se regardent et du coup FB contre SR fort. SR sait que son argument ne tient pas et fuit le dialogue. Sûr que pour elle, l'exercice est impossible.
Sur la BCE, c'est mieux. Elle interprète (nuance) son propos: pas de politique de l'euro faible. Et FB fait un pas vers la redéfinition des missions de la BCE. Bien.

12:05.- On arrive au coeur du désaccord, SR envoie son pacte présidentiel et sa démocratie participative en écran de fumée préalable. FB, sur la flexisécurité, pose directement la question à SR. Enfin le dialogue? On y est presque lorsque SR répond à son tour mais trop de fumée encore.

L'histoire des cautions. Dommage que la discussion tourne en eau de boudin.

12:20.- 35 heures. FB "on est tous les 3 d'accord", end of story.

Sur les retraites: réponse de SR par la relance de la croissance. Le problème, c'est qu'elle est moins crédible que NS sur ladite relance. Et elle se sert de la relance de la croissance, pour ne pas répondre au constat simple de FB: la quantité globale de travail en France est faible. Encore un fois FB va vers un vrai dialogue mais SR n'écoute pas et casse le dialogue. Dommage.
(Tiens, Versac trouve SR bonne sur ce coup.)

12:35.- Les "quartiers", c'était au générique d'ouverture. Accord (convergence de fond, cf. la baffe).
Sourires autour de "autorité juste", SR va peut-être comprendre que le martelage de mots-clés n'est pas forcément la bonne méthode en toutes circonstances.

12:55.- On arrive sur la fin, on rit un peu, sur le drapeau. Rire sérieux: ce que dit FB sur l'intériorisation des valeurs nationales (et qui me semble profondément vrai, pour lui, des valeurs religieuses). SR reprend, elle aurait peut-être pas dû.

13:00.- Les discours de conclusion sentent la fatigue. On n'aura parlé ni de la réforme de l'Etat, ni de l'Université et de la Recherche, c'est dommage. Impression globale: l'exercice était difficile, la forme n'a pas été tout fait trouvée mais (c'est mon impression globale à chaud) une novation démocratique assez réjouissante. C'est bien.

lundi 23 avril 2007

Les citadelles bayrouistes

Plutôt que de me laisser aller à expliquer pourquoi je suis plutôt très content de ce résultat de premier tour, une réflexion un peu décalée qui me vient à la considération de la carte des résultats sur le site du Monde:

Où François Bayrou a-t-il dépassé les 20% de suffrages?
- en Bretagne,
- en Alsace,
- en Aquitaine (sud), y compris le pays basque,
- dans le Massif Central,
- en Savoie,
- et dans la banlieue sud et ouest de Paris.

Soit, à l'exception de la dernière et avec une réserve pour la Savoie à cause de mon ignorance de la situation réelle du franco-provençal aujourd'hui, des régions où les langues minoritaires nationales restent vivantes (le sud du Massif Central, le Rouergue en particulier, est considéré comme la "réserve indienne" de l'occitan). Les langues minoritaires historiques principales, à l'exception notable du corse et du catalan (cf. infra), sont représentées par ces bastions bayrouistes: le breton, l'alsacien, le basque, l'occitan (que les bourriques micro-chauvines locales veuillent bien réaliser enfin que le niçart est un dialecte occitan), le franco-provençal (avec la réserve supra), le gascon (si on le distingue de l'occitan).

Cette réalité géographique du vote Bayrou est à la fois logique et surprenante. Logique, parce que François Bayrou est le seul des grands candidats à s'être démarqué de la dérive identitaire nationaliste-jacobine qui a marqué le gras de la campagne, le seul à s'être clairement prononcé pour la ratification de la charte européenne des langues minoritaires (cf. la prise de position de Ben). Surprenante par la coïncidence du résultat avec une prise de position qui n'a pas eu beaucoup d'écho et qui n'a pas semblé faire partie des enjeux de la campagne.


Les exceptions à ce tableau méritent considération (et préoccupation). Par commodité je les liste par langues/dialectes:
- Le provençal (sur l'occitan en général cf. infra): dans le sud-est et dans le midi méditerranéen, François Bayrou fait globalement des résultats inférieurs à son score national. Néanmoins, à l'exception du Vaucluse, notamment dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes, Bayrou fait mieux que Le Pen.
- Le corse: FB, qui y a défendu sa position sur les langues régionales, est dépassé par Jean-Marie Le Pen dans les 2 départements corses. La comparaison avec la situation de la Bretagne et celle de l'Alsace pose question. Hypothèse: la position de FB représente un modèle non jacobin d'intégration nationale inaudible pour la Corse dans sa situation actuelle.
- Le catalan: dans les Pyrénées-Orientales, Jean-Marie Le Pen dépasse François Bayrou d'une courte tête.
- Les autres exceptions sont moins nettes: le luxembourgeois, parlé dans le nord de la Moselle, où, sur l'ensemble du département, FB fait un score légèrement supérieur à son score national, et le flamand, dont je ne sais pas s'il est encore vivant dans la frange nord des départements du Nord et du Pas-de-Calais.

Sur l'occitan dans son ensemble: avant l'intégration des régions occitanophones, la France n'était que l'Ile-de-France, c'est-à-dire que la réalité occitane est essentielle à l'identité de la France. En d'autres termes, amputée de la Bretagne, de l'Alsace ou de la Corse, la France serait amoindrie, défigurée, blessée mais elle resterait la France, sans l'Occitanie (les régions originairement occitanophones) la France serait un autre pays. De ce fait la réalité occitane fait depuis toujours l'objet d'une dénégation essentielle qui passe en particulier par la réduction de la réalité linguitique occitane à sa réalité dialectale (péjorativée par l'appellation de "patois"). Je ne sais que Michel Rocard, parmi nos hommes politiques, pour avoir un matin dit la réalité dans sa nudité: que l'identité nationale française ne pouvait qu'être problématique et fragile parce qu'elle se fondait sur la fusion, déniée, de deux "nations" foncièrement distinctes (je n'ai malheureusement pas le mot à mot). Même François Bayrou parle de béarnais et évite le mot "occitan" (cf. par exemple le début du clip ci-dessus où il est évident qu'il a l'occitan en tête).

Aujourd'hui l'occitan survit, autrement que sous forme de traces (accent, emprunts lexicaux), selon deux modalités:
- la continuation, toujours diminuée, des pratiques vernaculaire, dans des milieux ruraux à l'écart des grands axes de communication,
- le réinvestissement, éventuellement par l'étude, par des couches jeunes, urbaines et éduquées (avec des variantes dégénératives "identitaires").
Sur l'aire occitane, ces deux modalités sont profondément disjointes et la répartition du vote Bayrou reflète la première exclusivement, la seconde étant généralement appuyée à une mobilisation politique radicale (alter-mondialiste ou extrême-droite pour ses pénibles variantes dégénératives "identitaires").

MàJ: Sur le site du Monde (toujours) une analyse de la situation géographique par Pascal Perrineau. Sa granularité est moins fine que celle que j'utilise ici puisque qu'il prend le niveau des régions. Ses remarques à propos des régions où FB fait ses meilleurs scores: régions de tradition centriste et démo-chrétienne, ce qui n'est pas forcément contradictoire avec les hypothèses, moins assurées, que je risque ici.

dimanche 22 avril 2007

Les indécis sont des vieilles personnes en carence affective

Mise au point avant les résultats sur "Les indécis sont des cons narcissiques":

Comme je suis soupçonné d'avoir été complice ou jouet d'une opération de propagande noire sarkoziste, opération relayée par le suspect (lui aussi) quotidien du soir dont le lien a fait exploser mes stats hier soir (ce qui n'était plus arrivé depuis l'interview de Wizman), je me sens poussé, non à me justifier mais à m'expliquer un peu l'annonce des résultats.

J'avais plusieurs raisons, de différents ordres, de poster ce billet. D'abord, le plus évident, le caractère, véritablement choquant, anti-démocratique de la méthodologie de hard marketting pronée sur la page "visite à domicile". Je me fais, chaque fois que je vote, un devoir, au risque du ridicule, de prendre dans le bureau de vote avant de m'isoler un bulletin de chacune des options proposées au vote et ensuite de mettre à la corbeille les bulletins restants: ce n'est pas pour rien que l'acte de voter se fait à l'abri des regards et je connais les techniques qui permettent de contourner le secret du vote. Ce à quoi je ne m'attendais pas, c'était de voir une de ces techniques ouvertement prônée sur le site d'un parti que je considérais, sans angélisme croyais-je, comme l'un des plus sûrs garants de la démocratie dans notre paysage politique. Depuis cette page a été corrigée et les prescriptions clairement anti-démocratiques effacées. Le reste du contenu est certes ridicule et ne montre pas une conviction démocratique très assise (dit euphémistiquement) mais ne donne, malheureusement, pas matière à indignation (il ne s'agit, après tout, "que" de méthodes de mobilisation des personnes agées et isolées pratiquées par tous les grands partis, du PC au FN).

J'avais cependant une autre raison de remarquer ce site, moins anecdotique, c'est que j'y reconnais, à nu, les ressorts de la stratégie de premier tour de l'équipe de Ségolène Royale: d'abord la priorité mise sur l'éventuel vote Bayrou (ce qui en soit est assez logique) et surtout les moyens utilisés au service de cette stratégie: l'appel aux reflexes identitaires et à la culpabilité, essentiellement, de la part d'une personne aux sympathies à gauche, le vote Bayrou est une déloyauté, une trahison. De ce point de vue, la stratégie pronée par le site des ASR est en complète cohérence avec la ligne de la campagne du PS depuis le début mars. Que cettte stratégie soit la plus efficace pour le premier tour est (malheureusement encore) probable (nous verrons ce soir) mais elle affaiblit la position de la candidate du PS pour le 2d tour, moins parce qu'elle s'aliène les électeurs de gauche qui se seront obstinés à voter Bayrou (tout laisse penser qu'ils avaleront leurs couleuvres, l'insulte et le mépris dont ils ont été accablés, et reporteront leur vote sur SR au 2d tour, par réserve de loyauté ou simplement par choix rationnel) que parce que, représentant un pari sur les moins rationnelles de nos motivations, elle décrédibilise la critique du projet busho-berlusconien de Nicolas Sarkozy comme menace pour la démocratie. Cela n'empêchera peut-être pas SR de gagner en fin de compte mais on peut estimer aujourd'hui que le pari est risqué et qu'il aura coûté cher en termes de valeurs.

L'article du Monde m'a amené quelques commentaires dont je n'en ai rejeté qu'un (qui n'avait qu'un rapport très lointain avec l'objet du billet). J'y retrouve de la part des partisans de Ségolène Royal ce que je lis en commentaires de billets analogues au mien,chez FrédéricLN, sur Scoopeo, chez Koz ou sur Pointblog. Si je suis reconforté de trouver sur mon blogue plusieurs commentaires qui représentent une réaction à mes yeux rationnelle de la part de sympathisants socialistes (en gros, c'est un dérapage un peu ridicule que les responsables socialistes ne devraient pas tarder à rectifier), les plus virulents témoignent d'un refus de voir assez désolant, selon deux lignes contradictoires:
- soit en refusant de voir ce qu'il y a d'indigne et de contradictoire avec les valeurs socialistes dans le contenu de ce site, dans le pire des cas ("vierges effarouchées"), ça va jusqu'à endosser l'anti-démocratisme des recommandations;
- soit en refusant de croire que le contenu dudit site puisse engager le PS et l'équipe de campagne de Ségolène Royal, en y reconnaissant plutôt une manoeuvre sarkoziste, de la propagande noire, de la manipulation. Comme le montre les mises à jour placées en tête de mon billet, j'ai partagé cette incrédulité, et j'ai envisagé plusieurs hypothèses: de l'auto-parodie au piratage. L'hypothèse du piratage n'est pas totalement réfutée mais elle reste très improbable (si elle s'avérait ça ferait un magnifique scoop pour la campagne de 2d tour!) et quoiqu'il en soit le maintien des liens depuis les sites officiels du PS vaut approbation (après l'article du Monde, l'ignorance n'est plus une option) - ce qui prouverait une grande subtilité dans la manipulation.

Merci en tous cas aux commentateurs pour leurs compléments d'information:
- Zorgspliff (j'espère que ce n'est pas un hoax) qui a contacté les responsables du site, qui ne voient pas le problème (mais qui ont tout de même rectifié la page "visite à domicile"),
- Muniette, pour avoir reconstitué la génèse du site en retrouvant un cache du 18 - même si je ne partage pas ses conclusions.

Bon, ça va être le moment d'aller écouter les résultats avec mes amis ségolénistes.

vendredi 20 avril 2007

François Bayrou sur Oumma.com

L’islamophobie est un sentiment qui me révulse. C’est un racisme qui fabrique des rejets extrêmes, qui porte en germe des violences considérables. C’est donc un devoir d’Etat de lutter contre cette montée de l’islamophobie qui n’est rien d’autre qu’un refus de l’autre, qu’une méconnaissance « crasse » de l’Islam.
Nous avons besoin que l’école apprenne l’histoire des religions et nous avons besoin que les musulmans disent les valeurs d’humanisme et de tolérance de leur religion. Aujourd’hui, il y a une confusion dangereuse entre l’Islam et l’intégrisme. C’est contre cet amalgame qu’il faut lutter de toutes nos forces. A chaque fois qu’il y a menace de dissolution, il faut rapprocher ceux qui s’éloignent.
et sur la "loi sur le voile":
J’ai eu à connaître de la question du voile à l’école lorsque j’étais ministre de l’Education nationale. On se souvient des trois étapes de cette affaire : le premier fut l’avis rendu par le Conseil d’Etat à la demande de Lionel Jospin. La deuxième est ma circulaire, qui va plus loin et interdit les signes ostentatoires au sein des écoles. La troisième est la loi de 2004 sur laquelle je me suis abstenu parce que je pensais que la solennité de la loi risquait de cristalliser les opinions, de rompre le dialogue plutôt que d’apaiser le climat.
Sur la fin de l'interview, l'intervieweur lui tend la perche de l'anti-sionisme, qu'il refuse décidément exactement de la même façon que lors de son passage sur France 2 en février il avait refusé de saisir de la perche de l'anti-communautarisme (= anti-islamisme dans la circonstance) à propos de l'hôpital.

(Oumma.com / Bayrou.fr)

Les indécis sont des cons narcissiques (les amis de Ségolène Royal)

[MàJ: J'ai du mal à ne pas prendre ce site pour une parodie. C'est que compris comme tel il est très drôle. Reste qu'il est lié depuis le template du "blog officiel du comité parisien Désirs d'Avenirs" et depuis celui du "blog des militants socialistes de Normale Sup'". Auto-dérision? Ambigüe et ravageuse, alors. Le vieux sympathisant PS que je suis est un peu désemparé. Si quelqu'un pouvait m'éclairer...
MàJ 2: Tout à l'heure, le site est remarqué par Gilles Klein, sur Pointblog, qui s'inquiète: "on a du mal à croire qu'il y ait un rapport avec l'association des Amis de Ségolène Royal, présidée par le brillant Pierre Bergé". Je suis au regret de lui dire que, sauf piratage, improbable jusqu'à plus ample informé, il s'agit bien des mêmes "Amis de SR".
MàJ 3: Décidément, ni parodie ni piratage, ou alors les webmestres du PS sont des bourriques: le site est lié depuis le site du PS. Elle a pas tort Ségolène: décidément on ne l'aura pas épargnée, dans son propre camp!
Màj 4 (2:00): Plus de doute: la page "Visite à domicile" a été corrigée, le coup de l'isoloir gommé (voir l'original, vers 20:30, sur ma capture d'écran). S'ils ne sont pas idiots, les responsables du site devraient avoir effacé l'ensemble des pages d'ici demain midi.
MàJ du 22.]

"La visite à domicile..." (campagne perso) avec les Amis de Ségolène Royal (via Scoopeo - [cette page du site de marketting politique des ASR a été modifié depuis l'envoi de ce billet - cf. mises à jour supra -, cliquer sur l'image ci-dessus pour voir la version originale commentée ci-dessous.]):
Un électeur indécis est sensible à l'attention qu'il génère. C'est du reste une des principales raisons de son indécision.
Quoi faire pour gagner ces nombrilistes?
Comme le temps presse, vous allez sans doute être contraint de lui proposer la botte:
- Ah ouais, bonne idée, ça marche! ... Meuh non, espèce de pervers: humour! Les amis de Ségolène ne sont pas les enfants de Dieu, la botte, c'est pas (tout à fait le flirty-fishing), c'est:
la visite à domicile le jour du scrutin et l'accompagnement jusqu'au bureau de vote.
...
ému par votre présence dans le bureau de vote (vous ne pouvez hélas vous rendre dans l'isoloir pour effectuer l'indispensable vérification et vous allez sans doute lui demander les bulletins restant par précaution), il votera selon votre prescription.
C'est que l'indécis, outre d'être narcissique, est un peu con ou sénile:

Soyez simple et précis. Evitez, par exemple le péremptoire "Vote du bon côté !", trop ambigü.
Moyennant quoi:
Le 22 au soir, vous pourrez vous reposer et vous vous sentirez beaucoup mieux...
(Euh, faudra peut-être se réveiller un peu avant le 2d tour, non?)

Lorsque je suis tombé là-dessus, j'ai soupçonné le site parodique, alors j'ai un peu fouiné pour me rendre compte. Et bien non, hélas, ce n'est pas parodique, il semblerait que le site des amis de Ségolène soit une émanation du comité parisien Désirs d'Avenir et qu'il soit lié depuis le site Désirs d'Avenir lui-même (en rideau au moment où j'écris, sur quoi par ailleurs je n'ai pas réussi à trouver de moteur de recherche). Du coup je tombe sur d'autres perles...

Sur la page d'accueil:
Etre un "militant 2.0", devenir un "socialiste numérique", c'est à la portée de tous. Même de ceux qui ne savent pas de quoi il s'agit, qui n'ont jamais osé se rendre à un débat participatif ou qui n'ont jamais su régler leur magnétoscope.
...
C'est facile, c'est technologique, c'est participatif, bref c'est socialiste.
Non, je rêve, décidément, c'est parodique! Des crypto-bayrouistes très forts qui auraient infiltré l'ENS (le dossier sur l'enseignement est nommé "ferry" dans l'URL) et auraient réussi à tromper tout le monde? Je crains bien que non.

Pour la bonne bouche (?), la page "Mode d'Emploi SMS" (voir aussi la pratique du SMS chez Sarkozy):
2 / Le ciblage efficace
Vous les classez par grandes familles :
les enfants du peuple de gauche prêts à trahir leur cause pour toutes les mauvaises raisons que l'on connait,
les sympathisants laxistes,
les hésitants,
les défaitistes,
etc.
suggestions de SMS (les 3 premiers):
Le 22 avril souviens-toi du 21 !
Dans un match PSG-OM, tu voterais pour l'arbitre ?
Tu ne vas quand même pas voter à droite ! Pas ça ! pas toi !
et la page "Mail":
Nota Bene
Mettre tous les destinataires dans "masqué" (cci, blind copy...), afin que vos différents destinataires ne se voient pas. Sinon vous vous engagez dans un débat sans fin, totalement contre-productif à ce stade.
ou le spam pour les nuls!
Exemple de courriel
Toi, mon premier instructeur politique, le militant acharné des années 70, le socialiste héréditaire (pour le coup, de ce côté là, les gênes fonctionnent à mon avis), tu ne peux pas voter à droite ! Tout de même...
Pas ça, pas toi ! Reviens parmi nous, dans ta famille !
Je t'embrasse,
signature.
(où il se confirme que l'indécis est a priori sénile! (et, avec le reste, que la contre-offensive anti-Bayrou du PS est, avec ou sans humour (ha ha!), identitaire (reptilienne?) et que de ce point de vue les convergences sont grandes avec le candidat symétrique.)


'Tain, chaque fois que je suis tenté par un retour réaliste-(cynique?)-identitaire
au bercail, il faut que je tombe sur quelque chose comme ça! Comme dit mon amie N.: je veux voter Ségolène, alors j'évite de la voir ou de l'entendre.

Ce qui me tue, c'est l'impression que la stratégie raillée par Eleassar, qui pouvait sembler si ridiculement contre-productive, a en réalité assez bien fonctionné:
Connaissez-vous la meilleure façon de faire rentrer au bercail une partenaire tentée depuis longtemps par l'infidélité qui vient de passer à l'acte ? C'est très simple: aller la voir et expliquez lui d'un ton suffisant qu'il n'y pas plus débile que son idée d'aller voir ailleurs, que vous ne comprenez pas, même bête comme manifestement elle semble l'être, comment ça a pu lui prendre comme ça mais que si elle veut, elle peut revenir. Pas convaincu par la méthode ? C'est pourtant la stratégie que semblent appliquer les soutiens de Ségolène Royal, que ce soit dans la presse ou sur les blogs, envers le vote Bayrou "de gauche".
D'où, petite proposition de méditation pour après les élections: comment se fait-il qu'on accepte collectivement d'être traîté(e) d'une manière qui ne susciterait, individuellement, que colère ou mépris? Pourquoi ce qui d'individu à individu apparaît comme de la lâcheté et de l'avillissement, de collectif d'individus à collectif d'individus apparaît plutôt comme de la loyauté et de l'esprit de responsabilité (ce n'est pas une question rhétorique: il ne me vient pas à l'esprit une seule seconde de soupçonner mes quelques amis qui, un moment tentés par le vote Bayrou, se sont rabattus sur le vote Royal d'une quelconque lâcheté ou veulerie)?

Et puis, tiens, je vous en remets une couche bien grasse: cette loyauté identitaire collective, cet esprit de responsabilité solidaire "malgré tout", n'est-ce pas en gros ce qu'on appelle la "banalité du mal"? [Paragraphe censuré pour cause de reductio ad Hitlerum.]

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samedi 14 avril 2007

Ben vote Bayrou

2007-04-11
Bonjour ici Ben

Je faisais partie des fameux 40% d'indécis

Et voilà que je prends position pour Bayrou
...
JE SUIS POUR BAYROU CAR

face au discours "drapeau français "de Ségolène

Face au refus de Sarkozy de signer la charte des langues minoritaires

Face au refus de Marine Le Pen de voir enseigner le breton

Bayrou reste le seul candidat
qui accepte et soutient l'idée de l'épanouissement d'une diversité culturelle des minorités nationales en France ...
JE SUIS POUR BAYROU CAR
il a fait chanter "se canto" lors de son investiture ...
JE SUIS POUR BAYROU CAR

il fut le créateur de la première Calandretta
...
JE SUIS POUR BAYROU CAR

il veut reformer l'ENA qui est devenu un moule à Jacobins centralistes
...
JE SUIS POUR BAYROU CAR
il est pour une Europe qui veut et peut empêcher la renaissance des impérialismes en contenant la reconnaissance du droit de tous les peuples et langues d'Europe à s'épanouir dans le respect les uns des autres

Voilà on ne sait jamais

Peut-être qu'un jour je me dirai

Tu as eu tort Ben

mais voila pour le noment
JE SUIS POUR BAYROU
(dernière newsletter de Ben, avec ce lien vers les propositions de François Bayrou concernant les langues régionales)

mercredi 28 mars 2007

L'évaluation libérale d'Alain Madelin

Le Monde.fr

Nicolas Sarkozy a proposé une exonération des droits de succession. Si j'avais un choix à faire, en tant que libéral, je choisirais de les maintenir, sur les grandes successions, voire même de les augmenter, en échange d'une suppression de l'impôt sur la fortune. Il est plus intelligent de frapper la fortune quand elle se transmet que quand elle se crée. Une solution intermédiaire est de réformer l'impôt sur la fortune sous la forme d'un à-valoir sur les droits de succession.

Aux Etats-Unis, quand Bush a fait la même proposition que Sarkozy de supprimer les droits de succession, vous avez eu une pétition des milliardaires américains pour dire "ce serait scandaleux, on n'en veut pas". Je n'ai pas vu la même pétition des milliardaires français.
...
C'est avec un peu de tristesse que je vois le débat de 2007, non seulement ne pas articuler de politique économique claire pour l'avenir, mais de plus, nous offrir une campagne, dans cette dernière ligne droite qui est celle des postures, totalement occultée par la question "essentielle" de l'identité nationale et des drapeaux tricolores aux fenêtres. Je regarde cela un peu navré. Mais enfin, je suis ravi que l'orchestre du Titanic joue "La Marseillaise".

jeudi 22 mars 2007

"Gardez-moi de mes amis..."

Ce matin sur France-Culture, Jean-Marie Cavada, collaborateur de François Bayrou : "la terre ne ment pas." (... "que la terre est lourde, lente mais qu'elle ne ment pas"). J'en crois pas mes oreilles.

Mardi, Pierre Marcelle:
S'il n'est partout, on a cru apercevoir son essence apostolique juchée sur un tracteur, labourant la glèbe oecuménique, brisant les mottes de droite et les mottes de gauche pour tracer l'éternel sillon d'une union nationale, sinon d'une révolution.
Je me dis: "Il y va un peu fort sur le soupçon, Marcelle."

Lundi, Nicolas Sarkozy attaque sur le tracteur, hier soir François Bayrou répond et du coup son discours prend des accents limite populiste et ce matin, plaf, Cavada saute dans le piège à pieds joints. Personne autour d'Ali Baddou ne relève, ce qui rappelle un peu Barre chez Enthoven.
Je ne sais pas si la bourde de Cavada révèle l'essence pétainiste du projet centriste, j'en doute plutôt. Ce que ça révèle en tous cas, c'est un manque de vigilance de ce côté. L'histoire de la démocratie chrétienne, que François Bayrou devrait connaître au moins aussi bien que Marcelle, les récents dérapages de Raymond Barre auraient dû prévenir l'équipe orange, visiblement ce n'est pas le cas, ou dans l'inconscient seulement.

PS. J'ajoute que je trouve tout ça bien dommage parce que se payer la figure de quelqu'un du fait qu'il lui arrive de se servir d'un tracteur, c'est effectivement méprisant, que Cavada, au cours de la même émission, utilise la notion de "bourgeoisie de fonction" qui n'est pas inintéressante et que par ailleurs, à dénoncer à la Laguiller les "milliardaires du CAC 40", François Bayrou brouille la lisibilité de son approche politique-institutionnelle où je continue à reconnaître une certaine pertinence (et une grande part de l'intérêt de cette campagne).

MàJ: sur le tracteur, voir le dernier billet de Jean Véronis. Il termine: "Sarkozy aurait mieux fait de se taire…". D'un point de vue moral, certes, mais d'un point de vue tactique?

mercredi 7 mars 2007

Jean-Marie Bockel sur l'effet Bayrou

Bockel et la progression de Bayrou, sur Initiative Européenne et Sociale. Ou une autre stratégie socialiste face à la progression de François Bayrou (cf. mes deux précédents billets).

Extraits:
Comment les socialistes doivent- ils combattre le danger Bayrou?

Ce fut le débat lors du dernier conseil politique du PS. Certains pensent que le phénomène n’est pas un vrai danger et qu’on peut l’ignorer, le centre n’étant qu’une force d’appoint. Pour d’autres, plus le PS sera à gauche, moins il y aura de flottements de ce côté-là.

D’autres encore estiment qu’il faut « cogner » contre Bayrou. Moi, je pense que ce serait une erreur de dire aux électeurs attirés par Bayrou: celui qui vous séduit n’est pas quelqu’un de valable. Nous devons leur dire : nous ne sommes pas ceux que vous croyez, nous sommes des socialistes, efficaces, justes, pragmatiques, réformistes.

Personne ne m’a chargé de quoi que ce soit, mais je m’investis totalement dans cette mission de parler aux électeurs de Bayrou. En 1988, François Mitterrand a été réélu aussi par les électeurs allant du centre droit au centre gauche. Il s’est adressé à eux par-dessus le PS, qui, déjà, n’avait pas su se moderniser.

Bayrou fait des clins d’oeil à DSK, parle de créer un grand «parti démocrate», qu’en pensez-vous?

Mon objectif est de faire gagner Ségolène Royal. Ce sera donc à elle de décider, le moment venu, du degré d’ouverture à opérer. Mais l’idée qu’il puisse y avoir, pour un temps limité et sous une forme à inventer, une union de toutes les énergies républicaines par delà la droite et la gauche n’est pas à jeter aux orties. J’ai déjà évoqué cette idée lors de la crise des banlieues. François Bayrou n’a pas le monopole de « l’union nationale ».

mardi 6 mars 2007

Cincinnatus ou Bonaparte

Etre indécis, ce n'est pas forcément "ne pas savoir ce qu'on veut". Les enjeux de la présente campagne et les incertitudes sur la réalité des politiques que mèneraient les candidats après leur élection sont assez importants pour qu'il soit raisonnable, à moins d'être déjà engagé dans un combat politique identifié avec l'un ou l'autre des candidats, de ne pas se décider trop tôt. C'est que le déroulement de la campagne peut encore offrir des occasions de mieux imaginer les éventuelles politiques futures. Ainsi il me semble que, peut-être un peu enivré par le succès de sa campagne jusqu'à présent et son tout frais passage de la barre des 20%, François Bayrou, dont la campagne me paraissait jusqu'ici à peu près impeccable, a fait je crois son premier faux pas en se prononçant pour la création d'un "grand parti démocrate".

On lui faisait un mauvais procès, amha, lorsqu'on soulignait son appartenance à la droite. Le projet de stratégie politique qu'il avait exposé, en particulier lors de son émission sur France 2, était clair: il faut faire travailler ensemble des hommes qui par-delà ce qu'il appelle le "mur de verre" partagent la conviction qu'un certain nombres d'actions sont à entreprendre d'urgence, sans les appeler pour autant à se renier, sans les appeler à renoncer à ce qu'il a appelé leurs "valeurs". En d'autres termes les circonstances présentes doivent amener à travailler ensemble des hommes qui en d'autres circonstances pourraient s'opposer. Et lorsqu'on lui opposait le bi-partisme de nos institutions, FB répondait, de façon assez convaincante, m'a-t-il semblé, par la dynamique présidentielle des institutions de la 5e république (qui avait manqué à Pierre Mendès-France). Cette logique correspond assez bien à l'embarras d'une partie de l'électorat de gauche, particulièrement socialiste, résultat de l'escamotage des conséquences du référendum européen, ceux qui ont voté oui et ceux qui ont voté non sans voter pour un repli national, ceux-là éprouvent quelque répugnance à voter pour ou avec la gauche national-étatiste, Emmanuelli ou Mélanchon au PS, JP Chevènement, au-dehors et plus tard MG Buffet... Contrairement aux analyses baroques de Laurent Joffrin, je suppose que c'est parmi eux que se recrutent la plupart des "bayrouistes de gauche". Ce vote Bayrou est un vote qui se justifie "dans les circonstances présentes", il ne suppose pas la conviction que tout d'un coup la division entre gauche et droite ait perdu toute pertinence théorique et pratique, il ne suppose pas un reniement. Pour cette partie l'élection de FB ou même un résultat significatif dudit est aussi une façon d'obliger le PS au travail nécessaire de clarification idéologique qu'il rechigne à faire. Le "grand parti démocrate" évoqué par Bayrou ne correspond pas à cette attente (selon les termes d'Eleassar, il vient augmenter le coût psychologique du changement d'intention de vote) et il ne me surprendrait pas que les courbes ascendantes des sondages bayrousiens subissent un sérieux hoquet dans les jours qui viennent.

Ah... et pourquoi Cincinnatus et Bonaparte? J'aurais pu écrire "Mendès-France ou De Gaulle", puisque ce sont ces deux figures que FB a évoquées comme exemples mais ça n'aurait pas été tout à fait juste pour le second. Ce matin, Olivier Duhamel comparait le statut futur du président de la République dans les projets des principaux candidats et en déduisait une critique de François Bayrou, accusé à la fois de césarisme et d'hypocrisie. Je crois la critique partiale. En particulier parce que le vice monarchique de l'exécutif dans nos institutions ne se résume pas au pouvoir du président de la république, il tient aussi à la structure courtisane de la répartition du pouvoir depuis le sommet de l'Etat vers les organes d'exécution (de ce point de vue voir parmi les soutiens de Ségolène Royal des personnes qui ont reçu leur pouvoir de leur proximité au chef de l'Etat et qui l'on conservé lorsque celui-ci a changé, ne me rassure pas quant à la probabilité d'une réforme de l'exercice du pouvoir si celle-ci était élue). Je ne sais pas si le projet de FB quant au statut du chef de l'Etat est un bon projet, faute d'avoir pris le temps de l'examiner et d'y réfléchir, mais ce qui me semble, c'est qu'un pouvoir fort pour le chef de l'exécutif ne se justifie que dans des circonstances particulières, d'urgence, et avec comme finalité le rétablissement d'une situation où ce pouvoir fort n'est pas souhaitable.

Tout cela ne fait pas un argument définitif contre un vote Bayrou de gauche. Cela devrait, si tout ce qui précède n'est pas trop délirant, rappeler aux électeurs de gauche qui voteraient Bayrou que leur vote n'est pas un vote d'adhésion aveugle mais un vote d'alliance et de ciconstance au service de finalités et de valeurs qui restent les mêmes.

lundi 5 mars 2007

Les bobos de Libé

Editorial de Laurent Joffrin, vendredi:
"Qui sont ces gens de gauche qui s'apprêtent à voter Bayrou ? La réponse n'est pas compliquée : ceux qui ont cru, en 1995, que Jacques Chirac, plus que Balladur et même que Jospin, allait «réduire la fracture sociale». Ceux qui ont pensé, le 21 avril 2002, que refuser leur voix au PS pour choisir Besancenot, Taubira ou Chevènement obligerait le candidat socialiste à faire des choix plus audacieux. Bref ceux qui, dans des circonstances importantes pour la gauche ­ et avec les meilleures intentions du monde ­ se sont toujours trompés."
Ce me semble, pour 95 autant que pour 2002, aussi loin de la réalité que possible. Je suppose que Joffrin devait avoir en tête des souvenirs traumatisants, sinon je ne m'explique pas le baroque de cette "réponse pas compliquée"!


Sur ce numéro de Libé, voir le billet de Versac:
"Quand je vois Libé, ce matin, en être réduit à l'appel au bobo, cette invention totale, ce concept passe-partout débile, ce nouvel intégrateur négatif de la société française, ce synonyme de parisien des élites oui-iste inconséquent, je me dis que, oui, Bayrou mériterait peut-être mon vote. Et que Joffrin est en train de me faire de plus en plus regretter ce journal que j'aimais avec ces procédés grossiers, qui prennent le masque de l'objectivité pour faire du militantisme balourd."
Voir aussi le billet d'Eleassar sur Optimum (que je découvre) à quoi renvoie Versac:

Il faut tout d'abord ne pas manquer de voir dans ces attaques un terrible aveu de faiblesse. J'aurais trouvé logique et convaincant qu'on me dise "toi qui te dis de gauche, il faut que tu votes Ségolène Royal plutôt que François Bayrou, elle est bien meilleure car ..." et s'ensuit un discours enflammé vantant la compétence de la candidate et l'intelligence de son programme. Je discute beaucoup de politique, je fréquente des gens plutôt diplômés, plutôt à gauche, et il est quand même frappant que presque personne n'essaie de défendre son projet ni sa méthode "participative". (...) Les fans de Sarkozy qui croisent ma route n'ont eux aucun complexe à défendre leur champion et son programme. Leur stump-speech n'emporte pas en général mon adhésion, mais au moins, j'ai l'impression que eux y croient.

A gauche, point de discours enflammés et point de débat de fond. Au lieu de ça, on commence en général par s'excuser ("tu sais, moi j'étais pour DSK") pour ensuite m'expliquer que voter Bayrou serait la pire des idioties. Parce que son programme est nul ? Non, du tout, en général on m'accorde à demi-mot qu'il est plutôt bon, mais c'est "stratégique, vois-tu. Voter Bayrou, c'est en fait voter Sarko. Et il faut tout faire pour éviter de faire passer Sarko. Et puis Bayrou, c'est un mou de droite, un imposteur" etc. etc., voir le début de ce post pour les citations les plus fleuries, "ne te fais pas avoir".

Cet "argumentaire" ne tient absolument pas la route. Tout faire pour éviter de faire passer Sarko, vraiment ? A en croire les derniers sondages, si vraiment le seul but est de faire obstacle à Sarkozy, on a tout intérêt à abandonner Ségolène Royal en rase campagne et de tous se rallier autour de François Bayrou. Car c'est bien lui qui est le mieux placé pour battre Sarkozy. "Oui, mais Bayrou n'a aucune chance de passer le premier tour" me dira-t-on. Si la gauche sérieuse vote pour lui, si. Et il battra Sarkozy, contrairement à Ségolène Royal.

De plus, si Ségolène est si sure de passer le premier tour, où bon sang est le mal de voter Bayrou ? En quoi est-ce un vote Sarkozy ? Rien, absolument rien ne m'empêche de voter Bayrou au premier tour et de voter Royal au second. Un vote Bayrou est avant tout un vote … Bayrou, pour l’homme et ses idées. Le seul scénario où un vote Bayrou serait un vote Sarko est celui ou voter Bayrou risquerait de faire passer Le Pen plutôt que Royal au premier tour. D'après les sondages, on en est loin et ce n'est pas du tout ce que la "dynamique des courbes", comme disent les sondeurs, laisse penser. Et pourtant, le matraquage stupide "Bayrou=Sarko" et les remarques méprisantes continuent et vont en s’accentuant.

(Tiens, en allant pêcher le lien, je vois que dans l'URL le billet s'appelle "Un-vote-Sego-est-il-un-vote-Sarko". Ce qui semble un lapsus mais la question mérite d'être posée, finalement.)

PS. Pour une argumentation sérieuse contre le vote Bayrou de gauche, loin des matraquages stupides, voir le billet récent de Garibaldo. Après l'avoir lu je me suis dis que c'était drôle que Garibaldo, dont les sympathies politiques ne semblent pas mystérieuses, ait fait un billet pour dire qu'il ne voterait pas Bayrou. Il y a tout de même un malaise.

MàJ (7.03.2007): Laurent Joffrin nuance sérieusement son propos ICI.

mardi 27 février 2007

La France royale

MàJ (4.03): Je relis ce billet et je le trouve un peu con. Après tout la citation de Ségolène Royal n'est pas formellement en contradiction avec le propos de Marc Bloch et de plus pas faux. J'avais en tête la stratégie électorale présente du PS que je continue à trouver pas franche mais le biais n'était pas bon. Je ne supprime pas le billet parce que c'est pas bien de supprimer les billets mais je le biffe.

Sur le sujet, la série "la Fabrique de l'Histoire" de la semaine derniere était consacrée à l'imaginaire historique. L'émission de jeudi était consacrée, in absentia, à Ségolène Royal et à Nicolas Sarkozy et commentait le propos de SR cité plus bas (dommage que les extraits de NS aient été traités avec un pédantisme partisan assez désagréable).

[biffé]

En découvrant tardivement ce passage d'un discours parisien datant d'une vingtaine de jours:
La France n'est pas la synthèse de l'Ancien Régime et de la Révolution. (...) C'est la rupture opérée par la Révolution qui explique la France d'aujourd'hui
je me suis remémoré Marc Bloch:
Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.
Ce genre de choses, le maître posthume de Ségolène Royal, les avait trop bien comprises. Quant à elle, on peut supposer qu'elle garde ces leçons pour le 2e tour!
Et
quid de celle-ci, du même (Bloch, pas Mitterrand):
Nous serons perdus, si nous nous replions sur nous-mêmes; sauvés, seulement, à condition de travailler durement de nos cerveaux, pour mieux savoir et imaginer plus vite.
(qui pourrait être du Bayrou, en plus vif)?

[/biffé]

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