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mardi 17 décembre 2013

à propos d’une tribune de Jeannette Bougrab sur Rue 89

Le propos de Madame Bougrab[1] me semble illustrer, malgré elle, l’échec de la politique suivie depuis 1989 pour contrer les prétentions et manoeuvres de l’islamisme politique radical. Au lieu de réprimer décidément les atteintes aux lois existantes (excision, contraintes, violences faites aux femmes[2], tentatives de censure des programmes scolaires, prêches séditieux, etc.), on s’est ingénié à créer de nouvelles règles au nom d’une laïcité redéfinie, restreignant la liberté religieuse telle qu’elle avait été (sagement) définie par la loi de 1905[3], à les multiplier dans une course en avant qui fait de la France "le seul grand pays, avec l’Arabie Saoudite, qui légifère sur la manière de s’habiller"[4], à la stupéfaction des autres démocraties libérales mais surtout qui amène à enfermer de plus en plus de musulman(e)s dans leur "communauté"[5] (alors même que l’on prétend lutter ainsi contre le "communautarisme"[6] et nous met de plus en plus dans une situation qu’on est tenté de qualifier de guerre de religion à bas bruit. Au lieu d’évaluer les résultats de la politique suivie avec constance par les gouvernements de la France[7], de droite comme de gauche, ceux qui se prétendent conscients des dangers posés par l’islamisme politique ne savent qu’en demander encore plus, dans la même direction.

  1. http://www.rue89.com/2013/12/17/bougrab-combat-laicite-perds-parfois-espoir-248375
  2. http://www.midilibre.fr/2013/12/10/battues-elles-deposent-plainte-et-sont-expulsees,795415.php
  3. liberté dans les limites de l’ordre public, séparation de l’Eglise et de l’Etat
  4.  http://www.slate.fr/story/81247/faut-il-supprimer-loi-voile
  5. "je suis convaincu que le fonctionnement actuel donne des arguments pour un repli identitaire et religieux. « On ne me reconnaît pas à l’égal des autres du fait de ma religion, alors j’en ferai encore plus. »" (http://www.rue89.com/2013/10/16/prof-athee-jai-pose-jour-conge-laid-246648)
  6. un peu à la manière dont, en France, l’école lutte contre l’inégalité
  7. On s’offusque de la publication de rapports sur le site de Matignon, on y décele de machiavéliques intentions cachés, comme si tout allait bien, comme si la question de l’évaluation de la politique d’intégration ne se posait pas

vendredi 19 juin 2009

Sophie Ashraf: The Burkha Rapper by Ruhani Kaur (pour contribuer au débat)

"C'est comme lorsque vous aimez vraiment un groupe, vous mettez un T-shirt du groupe, et bien nous aimons vraiment, vraiment l'islam, alors nous mettons la burqa (...) Il y a une ligne dans le Coran qui dit: "A vous votre religion, et à moi la mienne". Et ainsi ils me laissent m'exprimer comme je le veux. Les gens ont tendance à penser que quelqu'un qui essaie d'être différent et quelqu'un qui viole les règles sont le même. Moi je travaille à l'intérieur des règles mais je trouve des petites ouvertures, des brèches qui me permettent de faire mon truc. Il y a ce dessin animé japonais appelé La Mélancolie d'Haruhi Suzumiya dans lequel le monde tout entier a été fait pour l'amuser, elle, le personnage principal. Parfois j'ai le sentiment que le monde a été créé juste pour m'amuser. Parce que les choses, mashaallah, vont toujours dans le bon sens."



"Its like when you really like a band, you wear T-shirts of that band, Well we really, really like Islam, so we wear the burkha.  (...) There is a line in the quran that says, “To you, your religion, and to me mine”. And so they are letting me express myself the way I want to. People tend to think that someone who tries to be different and someone who breaks the rules are the same. I work within the rules, but I find those little loopholes that allow me to do my thing. There is this cool anime (Japenese animation) called The Melancholy of Haruhi Suzumiya in which the entire world is made just to amuse her, the main character. Sometimes i feel the world is created just to amuse me. Because things, mashaallah always go right."

Blind Boys » Archive » Sophie Ashraf: The Burkha Rapper by Ruhani Kaur

Sur YouTube:

dimanche 18 novembre 2007

Emmanuel Todd chez A. Meddeb

Que ça fait du bien! Une écoute salubre même si j'ai un peu l'impression que Todd a tendance à remplacer l'essentialisation des "civilisations" ou des religions par celle, plus fondamentale des systèmes de parenté.

Cultures d'Islam, émission du dimanche 18 novembre 2007
Démographie et alphabétisation en pays d’islam [.ram]
Il est sûr qu’une des raisons de la diffusion du cancer islamiste dans les pays d’islam a à voir avec la galopante expansion démographique doublée d’une alphabétisation massive faite par le bas. C’est ce double phénomène qui produit une masse de semi lettrés frustrés et désœuvrés se sentant sous- employés et déconsidérés qui accèdent d’une manière sauvage à la lettre coranique et se croient autorisés de l’interpréter dans le sens révolutionnaire qui pourrait satisfaire leur vindicte et leurs muettes revendications. Or, la bonne nouvelle provient des démographes qui découvrent la divine surprise de la baisse spectaculaire et imprévue du taux démographique dans la plupart des pays d’islam. Cela est notamment dû à l’aspect positif de la plus grande alphabétisation des femmes. C’est le signe d’une plus grande maîtrise par les femmes de leur décision souveraine. Cette réduction démographique ne peut avoir que des effets mécaniques qui emporteront ces sociétés vers la modernité, loin de l’intégrisme.
Bibliographie :
Emmanuel Todd, Youssef Courbage : Le rendez-vous des civilisations, Seuil (2007)

vendredi 16 novembre 2007

Sarkozy et l'islam (en vrac sur diigo 11/16/2007)

Coulisses de Bruxelles, UE: Sarkozy et les musulmans Annotated

L’histoire se raconte dans les chancelleries européennes. Nicolas Sarkozy, recevant le Premier ministre
irlandais, Bertie Ahern, le 21 septembre, puis suédois, Fredrik Reinfeldt, le 3 octobre, se serait livré à une véritable diatribe anti-musulmane devant ses invités. Selon mes sources, le chef de l’Etat (photo: Thierry Monasse) s’est lancé dans une diatribe confuse d’une vingtaine de minutes, « dans un langage très dur, très familier, choquant pour tout dire», contre le « trop grand nombre de musulmans présents en Europe » et leurs difficultés d’intégration. Il a aussi décrit de façon apocalyptique le « choc de civilisation » qui oppose les musulmans à l’occident. Le tout, manifestement, pour justifier son opposition à l’adhésion de la Turquie à l’Union. Mais ses interlocuteurs, qui n’en sont toujours pas revenus, ne sont même pas sûrs de l’avoir bien compris, tant le discours était décousu et surtout hors de propos avec l'objet de ces rencontres, la préparation du Sommet de Lisbonne des 18 et 19 octobre. Ils en ont, en tout cas, retiré la désagréable sensation que Sarkozy, non seulement avait un sérieux problème avec les musulmans, mais avait du mal à maîtriser ses nerfs.

        vendredi 20 avril 2007

        François Bayrou sur Oumma.com

        L’islamophobie est un sentiment qui me révulse. C’est un racisme qui fabrique des rejets extrêmes, qui porte en germe des violences considérables. C’est donc un devoir d’Etat de lutter contre cette montée de l’islamophobie qui n’est rien d’autre qu’un refus de l’autre, qu’une méconnaissance « crasse » de l’Islam.
        Nous avons besoin que l’école apprenne l’histoire des religions et nous avons besoin que les musulmans disent les valeurs d’humanisme et de tolérance de leur religion. Aujourd’hui, il y a une confusion dangereuse entre l’Islam et l’intégrisme. C’est contre cet amalgame qu’il faut lutter de toutes nos forces. A chaque fois qu’il y a menace de dissolution, il faut rapprocher ceux qui s’éloignent.
        et sur la "loi sur le voile":
        J’ai eu à connaître de la question du voile à l’école lorsque j’étais ministre de l’Education nationale. On se souvient des trois étapes de cette affaire : le premier fut l’avis rendu par le Conseil d’Etat à la demande de Lionel Jospin. La deuxième est ma circulaire, qui va plus loin et interdit les signes ostentatoires au sein des écoles. La troisième est la loi de 2004 sur laquelle je me suis abstenu parce que je pensais que la solennité de la loi risquait de cristalliser les opinions, de rompre le dialogue plutôt que d’apaiser le climat.
        Sur la fin de l'interview, l'intervieweur lui tend la perche de l'anti-sionisme, qu'il refuse décidément exactement de la même façon que lors de son passage sur France 2 en février il avait refusé de saisir de la perche de l'anti-communautarisme (= anti-islamisme dans la circonstance) à propos de l'hôpital.

        (Oumma.com / Bayrou.fr)

        mercredi 14 mars 2007

        Sarkozy et les croisades

        Lundi matin, Nicolas Sarkozy, reprenait la citation de Marc Bloch que j'avais faite l'autre jour. Sur la ligne de l'identité française inclusive, il en rajoute un bout selon une dépèche AFP relevée par Tom, des Chroniques de Beyoglu:
        "Il nous faut retrouver cette foi dans l'avenir, cette foi dans les capacités humaines et dans le génie français", a-t-il dit en se référant à "la France des croisades et des cathédrales, la France des droits de l'homme et de la Révolution".

        dimanche 10 septembre 2006

        Baubérot: Inclure l’aire arabo-musulmane dans notre vision de l’"Occident ".

        Le dernier billet de Jean Baubérot est un utile rappel-synthèse sur "ce qu'implique (et n'implique pas) la laïcité". Il continue de défendre une conception ouverte de la laïcité à l'encontre de la confiscation récente par l'ultra-laïcisme républicain (lequel n'est pas plus laïc que l'ultra-libéralisme n'est libéral).

        A l'aide de 6 propositions, il fait un travail critique salubre qui lui permet de distinguer, par exemple, intolérance doctrinale et intolérance civile, expliquant que la laïcité, si elle impose aux citoyens, la tolérance civile n'exige pas d'eux la tolérance doctrinale. Elle lui permet également de dénoncer certaines idées fausses ou simplistes, par exemple celle qui ferait un principe laïc de la restriction de la religion au domaine privé.

        Malgré l'envie que j'en ai, je ne vais pas paraphraser tout le billet: il est très clair et à lire en entier. Mais le meilleur, si j'ose dire, est à la fin:

        6e proposition: inclure l’aire arabo-musulmane dans notre vision de l’«Occident».

        Et ici, je me permets de citer in extenso:
        Je terminerai par une proposition précise, issue d’une discussion que j’ai eue avec un collègue japonais. Ce dernier m’a dit, à la fin d’un débat sur ces questions : « Finalement, vous n’arriverez pas à résoudre vos problèmes de laïcité tant que vous mettrez les pays arabes et l’islam dans l’Orientalisme. Le jour où vous considèrerez qu’ils font partie de l’Occident, vous aurez la moitié de la solution ».
        J’ai trouvé ce propos plein de justesse. C’est à une révolution mentale qu’il appelle pour nous tous (anciens Français –« Gaulois »- comme Français plus récents) que j’aimerais que ce blog contribue, à son modeste niveau.
        Les quelques-un(e)s qui suivent un peu régulièrement mon blogue reconnaîtront peut-être une préoccupation qui ne me quitte jamais et qui souvent motive mes billets, celle de (ré)intégrer le rôle du monde musulman dans la généalogie de l'Occident. Je ne me suis jamais risqué cependant à en tirer une formule aussi claire et synthétique que celle de Jean Baubérot. En particulier, lorsque CJ m'avait demandé de préciser l'intention que j'avais eu en citant longuement Husserl au début de cette année, je m'étais dit qu'il me faudrait commencer par dire que pour moi l'humanité arabo-musulmane devait être ajoutée à l'humanité européenne pour l'interrogation husserlienne mais aussitôt j'ai vu les difficultés, au moins d'exposition, que soulevait cette inclusion.

        La grâce d'une remarque venue de l'autre côté, de l'extrême de l'Orient, autorise Jean Baubérot à mépriser ce scrupule et à dire simplement que vu d'un peu haut et d'un peu loin, l'Islam et l'Occident partagent la même histoire, participent d'un même ensemble culturel. Bien sûr que ça demande des précisions, des articulations, des nuances mais il faudrait se décider à d'abord et enfin reconnaître notre communauté de destin, passé, présent et futur (et je me dis que c'est en grande partie faute de cette reconnaissance que les nombreuses découvertes, en particulier en histoire des sciences, qui depuis des années approfondissent la connaissance de notre dette généalogique, ont du mal à se trivialiser, à s'intégrer dans la culture générale).

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