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lundi 23 avril 2007

Les citadelles bayrouistes

Plutôt que de me laisser aller à expliquer pourquoi je suis plutôt très content de ce résultat de premier tour, une réflexion un peu décalée qui me vient à la considération de la carte des résultats sur le site du Monde:

Où François Bayrou a-t-il dépassé les 20% de suffrages?
- en Bretagne,
- en Alsace,
- en Aquitaine (sud), y compris le pays basque,
- dans le Massif Central,
- en Savoie,
- et dans la banlieue sud et ouest de Paris.

Soit, à l'exception de la dernière et avec une réserve pour la Savoie à cause de mon ignorance de la situation réelle du franco-provençal aujourd'hui, des régions où les langues minoritaires nationales restent vivantes (le sud du Massif Central, le Rouergue en particulier, est considéré comme la "réserve indienne" de l'occitan). Les langues minoritaires historiques principales, à l'exception notable du corse et du catalan (cf. infra), sont représentées par ces bastions bayrouistes: le breton, l'alsacien, le basque, l'occitan (que les bourriques micro-chauvines locales veuillent bien réaliser enfin que le niçart est un dialecte occitan), le franco-provençal (avec la réserve supra), le gascon (si on le distingue de l'occitan).

Cette réalité géographique du vote Bayrou est à la fois logique et surprenante. Logique, parce que François Bayrou est le seul des grands candidats à s'être démarqué de la dérive identitaire nationaliste-jacobine qui a marqué le gras de la campagne, le seul à s'être clairement prononcé pour la ratification de la charte européenne des langues minoritaires (cf. la prise de position de Ben). Surprenante par la coïncidence du résultat avec une prise de position qui n'a pas eu beaucoup d'écho et qui n'a pas semblé faire partie des enjeux de la campagne.


Les exceptions à ce tableau méritent considération (et préoccupation). Par commodité je les liste par langues/dialectes:
- Le provençal (sur l'occitan en général cf. infra): dans le sud-est et dans le midi méditerranéen, François Bayrou fait globalement des résultats inférieurs à son score national. Néanmoins, à l'exception du Vaucluse, notamment dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes, Bayrou fait mieux que Le Pen.
- Le corse: FB, qui y a défendu sa position sur les langues régionales, est dépassé par Jean-Marie Le Pen dans les 2 départements corses. La comparaison avec la situation de la Bretagne et celle de l'Alsace pose question. Hypothèse: la position de FB représente un modèle non jacobin d'intégration nationale inaudible pour la Corse dans sa situation actuelle.
- Le catalan: dans les Pyrénées-Orientales, Jean-Marie Le Pen dépasse François Bayrou d'une courte tête.
- Les autres exceptions sont moins nettes: le luxembourgeois, parlé dans le nord de la Moselle, où, sur l'ensemble du département, FB fait un score légèrement supérieur à son score national, et le flamand, dont je ne sais pas s'il est encore vivant dans la frange nord des départements du Nord et du Pas-de-Calais.

Sur l'occitan dans son ensemble: avant l'intégration des régions occitanophones, la France n'était que l'Ile-de-France, c'est-à-dire que la réalité occitane est essentielle à l'identité de la France. En d'autres termes, amputée de la Bretagne, de l'Alsace ou de la Corse, la France serait amoindrie, défigurée, blessée mais elle resterait la France, sans l'Occitanie (les régions originairement occitanophones) la France serait un autre pays. De ce fait la réalité occitane fait depuis toujours l'objet d'une dénégation essentielle qui passe en particulier par la réduction de la réalité linguitique occitane à sa réalité dialectale (péjorativée par l'appellation de "patois"). Je ne sais que Michel Rocard, parmi nos hommes politiques, pour avoir un matin dit la réalité dans sa nudité: que l'identité nationale française ne pouvait qu'être problématique et fragile parce qu'elle se fondait sur la fusion, déniée, de deux "nations" foncièrement distinctes (je n'ai malheureusement pas le mot à mot). Même François Bayrou parle de béarnais et évite le mot "occitan" (cf. par exemple le début du clip ci-dessus où il est évident qu'il a l'occitan en tête).

Aujourd'hui l'occitan survit, autrement que sous forme de traces (accent, emprunts lexicaux), selon deux modalités:
- la continuation, toujours diminuée, des pratiques vernaculaire, dans des milieux ruraux à l'écart des grands axes de communication,
- le réinvestissement, éventuellement par l'étude, par des couches jeunes, urbaines et éduquées (avec des variantes dégénératives "identitaires").
Sur l'aire occitane, ces deux modalités sont profondément disjointes et la répartition du vote Bayrou reflète la première exclusivement, la seconde étant généralement appuyée à une mobilisation politique radicale (alter-mondialiste ou extrême-droite pour ses pénibles variantes dégénératives "identitaires").

MàJ: Sur le site du Monde (toujours) une analyse de la situation géographique par Pascal Perrineau. Sa granularité est moins fine que celle que j'utilise ici puisque qu'il prend le niveau des régions. Ses remarques à propos des régions où FB fait ses meilleurs scores: régions de tradition centriste et démo-chrétienne, ce qui n'est pas forcément contradictoire avec les hypothèses, moins assurées, que je risque ici.

samedi 14 avril 2007

Campagne présidentielle en Turquie

Répercutant une dépêche Reuters, le Monde d'aujourd'hui titre aujourd'hui à 14:04: "Grand rassemblement laïque contre Tayyip Erdogan à Ankara" (dans l'article qui suit, à 14:31, l'adjectif "laïque" tombe).

Pour les cerveaux reptiliens identitaires qui associeraient: Turquie = islamisme = al-Qaida = dictature = nationalisme = génocide arménien = Mal vs. laïcité = démocratie = tolérance = gauche = Bien, il convient de préciser que le mouvement laïciste s'opposant à l'éventuelle candidature de Recep Tayyip Erdogan à la présidence de la république est soutenu par l'armée, responsables de 3 coups d'Etat depuis 1960, que ce mouvement n'est pas seulement laïciste mais aussi nettement nationaliste. (Pour une analyse plus subtile, voir l'article de Michel Marian dans Esprit de juillet dernier.)

Extraits:

Le Monde > Grande manifestation contre le premier ministre turc à Ankara:
Les organisateurs, des associations menées par l'Association de la pensée d'Atatürk, ont affirmé qu'un million de citoyens de tout le pays avaient rallié leur "marche pour la République", une des plus vastes manifestations que la Turquie ait connues. Deniz Baykal, le chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, centre-gauche), et Zeki Sezer, le président du Parti de la gauche démocratique (DSP), participaient à la manifestation.
...
A son entrée dans le Mausolée d'Atatürk, qui a été le premier président
de la Turquie, de 1923 à 1938, la foule a longuement applaudi la relève
de la garde d'honneur en faction dans l'édifice.
"La nation est fière de vous", a-t-elle scandé en direction des soldats.
...
Les manifestants ont déployé des banderoles sur lesquelles était écrit "la démocratie ne signifie pas qu'il faut tolérer la réaction (islamiste)"
...
"Ils veulent transformer lentement la Turquie en un Iran ou en une Arabie Saoudite", a déclaré à l'AFP Mehlika Erecekler, une institutrice à la retraite. "Mais ils ne le peuvent pas parce qu'ils ont peur de l'armée. Nous soutenons l'armée".
...
De nombreux défenseurs de la laïcité rejettent fermement l'idée qu'Emine Erdogan, la femme voilée du premier ministre, puisse devenir la première dame du pays.
(aussi)

Nouvelles d'Arménie > L’armée turque souhaite un prochain président attaché à la laïcité:
Le chef d’état-major turc, le général Yasar Büyükanit, a souhaité jeudi que le prochain président de la République, qui doit être élu en mai par le Parlement, soit loyal aux valeurs Républicaines, dont la laïcité, "dans la pratique et non pas seulement en paroles".
...
L’armée, qui se considère la garante des principes laïques, a mené trois coups d’Etat depuis 1960 et a "débarqué en douceur" en 1997 le gouvernement du pionnier de l’islamisme en Turquie, Necmettin Erbakan.
Nouvelles d'Arménie > Manifestation de nationalistes turcs pour dissuader Erdogan de briguer la présidence (à propos d'une manifestation dimanche dernier):
"Non à un président mondialiste, pro-américain, pro-Union européenne, pro-dialogue et pro-minorités", pouvait-on lire sur la principale banderole de la manifestation, réunie à l’appel du collectif "Main dans la main pour la République", réunissant plusieurs associations nationalistes.
...
Les manifestants, revêtus de maillots aux couleurs blanc et rouge de la Turquie, ont déployé deux drapeaux turcs géants et scandé des slogans tels que "non à l’impérialisme américain et à son valet Erdogan", "la patrie est indivisible" ou "heureux celui qui peut dire ’je suis Turc’".
On remarquera que les slogans et les symboles sont ceux qui avaient été utilisés lors des contre-manifestations nationalistes suivant les obsèques de Hrant Dink (Hepimiz Türk'üz).

On se permettra de proposer deux méditations:

1/ s'exotiser le regard lorsque l'on regarde la Turquie, ie se rendre compte que la réalité du monde n'est pas réductible aux cadres idéologiques forgés par l'histoire politique nationale,

2/ retourner ce regard exotisé vers la France pour se rendre compte que la réalité nationale n'est pas si totalement différente de la réalité turque (exemple: utilisation conjointe par la gauche et l'extrême-droite de l'identité nationale et du drapeau contre le centre-droit, similitudes et différences).

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Ben vote Bayrou

2007-04-11
Bonjour ici Ben

Je faisais partie des fameux 40% d'indécis

Et voilà que je prends position pour Bayrou
...
JE SUIS POUR BAYROU CAR

face au discours "drapeau français "de Ségolène

Face au refus de Sarkozy de signer la charte des langues minoritaires

Face au refus de Marine Le Pen de voir enseigner le breton

Bayrou reste le seul candidat
qui accepte et soutient l'idée de l'épanouissement d'une diversité culturelle des minorités nationales en France ...
JE SUIS POUR BAYROU CAR
il a fait chanter "se canto" lors de son investiture ...
JE SUIS POUR BAYROU CAR

il fut le créateur de la première Calandretta
...
JE SUIS POUR BAYROU CAR

il veut reformer l'ENA qui est devenu un moule à Jacobins centralistes
...
JE SUIS POUR BAYROU CAR
il est pour une Europe qui veut et peut empêcher la renaissance des impérialismes en contenant la reconnaissance du droit de tous les peuples et langues d'Europe à s'épanouir dans le respect les uns des autres

Voilà on ne sait jamais

Peut-être qu'un jour je me dirai

Tu as eu tort Ben

mais voila pour le noment
JE SUIS POUR BAYROU
(dernière newsletter de Ben, avec ce lien vers les propositions de François Bayrou concernant les langues régionales)

mardi 10 avril 2007

Mario Vargas Llosa sur l'identité nationale

Belle citation choisie et traduite par Alexandre Delaigue (d'éconoclaste):
Je ne nie pas que les gens qui parlent la même langue, qui sont nés et vivent sur le même territoire, qui rencontrent les mêmes problèmes, qui pratiquent les mêmes religions et coutumes, ont des caractéristiques communes. Mais ce dénominateur commun ne peut jamais définir en totalité chacun d'entre eux, car il ne fait qu'abolir, ou reléguer de façon dédaigneuse au second plan la somme de traits et d'attributs uniques qui distinguent un membre des autres membres du groupe. Le concept d'identité, quand il n'est pas employé à l'échelle d'une personne, est de façon inhérente réducteur et deshumanisant; c'est une abstration collectiviste et idéologique qui néglige tout ce qui est original et créateur dans l'être humain, tout ce qui n'a pas été imposé par l'héritage, la géographie, ou la pression sociale. Mais la vraie identité prend sa source dans la capacité des humains de résister à ces influences, et de les contrer par des actes libres de leur propre invention... La notion "d'identité collective" n'est qu'une fiction idéologique et le fondement du nationalisme.

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jeudi 29 mars 2007

Drapés dans le drapeau / Olivier Galland

Telos - Agence Intellectuelle

Les enquêtes montrent que le sentiment d’appartenance collective est au plus bas en France, par rapport aux pays européens comparables
...
La France a perdu le ciment moral de son identité catholique, et elle n’a jamais partagé la culture civique des pays protestants. L’idéal républicain lui-même s’est effrité avec les doutes émis sur la promotion sociale et le maintien des mécanismes de solidarité collective.
...
Les Français peinent aujourd’hui à trouver des raisons de vivre ensemble, si ce n’est dans l’attachement à un état antérieur de la société et de ses valeurs dont ils sentent pourtant confusément qu’il n’est plus adapté à l’état du monde. Les candidats n’ont pas choisi de confronter les Français à cette réalité pénible – il est vrai peu payante électoralement – mais plutôt de leur injecter l’anesthésiant des valeurs patriotiques.

Lepenisation (rappel)

La république des livres » Blog Archive » La campagne prise aux mots 1

Rien de tel que ces dictionnaires légers mais solides pour rafraichir les mémoires et rappeler, par exemple, qu’en 1995 déjà, le programme d’un parti politique proposait la création d’un “grand ministère de l’Identité française”, celui du Front national.

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