jeudi 31 mai 2007

La passion de l'inégalité

Ce n'est pas l'amour de la richesse ni d'aucun bien qui pervertit la volonté, c'est le besoin de penser sous le signe de l'inégalité. Hobbes là-dessus a fait un poème plus attentif que celui de Rousseau: le mal social ne vient pas du premier qui s'est avisé de dire: "Ceci est à moi"; il s'agit du premier qui s'est avisé de dire: "Tu n'es pas mon égal." L'inégalité n'est la conséquence de rien, elle est une passion primitive; ou plus exactement, elle n'a pas d'autre cause que l'égalité. La passion inégalitaire est le vertige de l'égalité, la paresse devant la tâche infinie qu'elle exige, la peur devant ce qu'un être raisonnable se doit à lui-même. Il est plus aisé de se comparer, d'établir l'échange social comme ce troc de la gloire et du mépris où chacun reçoit une supériorité en contrepartie de l'infériorité qu'il confesse.

Jacques Rancière: Le Maître ignorant, 1987.

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