Hier soir, au retour du beau concert d'Anupama Bhagwat à Nice, je trouve dans mon courrier, en commentaire d'un billet de Cercamon sur la perspective, la demande d'une jeune fille de 13 ans concernant la date exacte de l'invention de la perspective. En vérifiant ma réponse, je tombe, dans l'article "Al-Haytham" de la Wikipedia anglaise, sur un fait que j'avais déjà croisé mais auquel je n'avais pas prêté l'attention suffisante: Alhazen aurait été l'inventeur, vers l'an 1000, de la chambre noire - en cohérence avec son invention de l'optique moderne fondée sur les trajets de la lumière du vu vers l'oeil.
Ainsi la généalogie des images qui remplissent notre monde visible pourrait être contée en trois temps: 1/ invention de la camera oscura et de la théorie optique géométrique vers l'an 1000 en Iraq, 2/ application de l'invention précédente à la représentation: invention de la perspective géométrique en Italie vers 1415, 3/ équipement de la chambre noire avec une surface chimique sensible: invention de la photographie en France en 1826. Alhazen, Brunelleschi, Niepce.
Ce rôle de la science arabe dans la génèse d'un des traits essentiels de l'Occident, n'est pas ignoré, qu'Alhazen fut l'inventeur de l'optique moderne est connu depuis toujours, pourrait-on dire, depuis sa traduction en latin à la fin du moyen-âge, pourtant on peut le dire méconnu.
Ce qui me ramène à une question qui me tourne: les faits concernant le rôle de l'aire arabo-musulmane dans la génèse de la science moderne sont bien connus, même si le dossier continue de s'étoffer. Comment se fait-il que ces faits accessibles facilement à qui cherche à savoir, ne cristallisent pas? Comment se fait-il qu'il est encore possible de dire d'un ton docte et assuré, comme le fait Jean-Claude Casanova sur France-Culture il y a quelques temps, que les arabo-musulmans n'ont été que les transmetteurs de la science gréco-latine?
Il y a une explication qui vient assez vite: l'Occident ne veut tout simplement pas voir ce qu'il doit à ce qu'il pense comme extérieur à lui, à ce qu'il a constitué en face de lui comme son rival vaincu et inférieur. Evidemment cette explication a beaucoup de vrai. Je vois une autre explication complémentaire: le relativisme post-moderne disqualifie le récit global, au moment même où il serait possible et nécessaire de le décentrer et de l'ouvrir à des acteurs non-occidentaux. Et ça, c'est un peu pathétique.
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lundi 25 septembre 2006
dimanche 24 septembre 2006
Benoît XVI et l'Islam: analyses et réactions au discours de Ratisbonne
Repérages et analyses diverses mis sur Cercamon (impossible de poster sur Blogger hier matin):
Ce même mercredi, Philippe Val, dans l'édito de Charlie-Hebdo, a donné son analyse qui est comme une longue brève de comptoir (une longue de comptoir) pas drôle et à quoi manquerait la grâce de l'ivresse.
Extraits:
PS. Mis sur Cercamon un billet sur l'affaire Fessio, une sorte de répétition générale du discours de Ratisbonne.
(Je finis de poster ce billet en écoutant l'Esprit Public... Rémi Bourlanges plaide pour l'hypothèse 1 : Ratzinger pas encore assez Pape - et incidemment (courageusement?) reconnaît la pertinence de l'analyse de Ramadan, Max Gallo, contre lui, pour l'hypothèse 2: le Pape attaque et il a raison, ce qui n'étonnera personne.)
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- Tariq Ramadan, dont j'ai d'abord lu le premier article cité dans l'IHT en anglais mais trouvé ensuite en français sur Oumma.com; la conclusion tirée par TR de cette affaire, sur quoi insiste particulièrement l'article du Monde, est de la nécessitée de réintégrer chrétiens, post-chrétiens et musulmans dans une histoire commune, soit celle que je soulignais l'autre jour à la suite d'un billet de Jean Baubérot - quel dommage que Tariq Ramadan soit le diable!
- Rochdy Alili (voir note précédente sur RA: l'Islam paisible), qui fait une précise mise au point historique, concernant Manuel II Paléologue en particulier mais surtout le présupposé an-historique que la conversion par l'épée est une caractéristique essentielle de l'Islam, un peu plus énervé en conséquence par le pape que Ramadan;
- Malik Chebel, plus critique (ou moins angélique ou moins euphémiste) à l'égard de la tradition musulmane et partant mieux veillant à l'égard de l'interpellation papale que Rochdy Alili ;
- 2 clercs catholiques: le père Jean-Marie Gaudeul, père blanc, ancien responsable du Secrétariat pour les Relations avec l’Islam (Organisme de la Conférence Episcopale Française) et le père Samir Khalil Samir, jésuite, professeur d’islamologie et de la pensée arabe à l’Université Saint-Joseph (Beyrouth), qui était présent à la réunion de septembre 2005 à l'origine de la (petite) affaire Fessio;
- divers intellectuels français: Henri Pena-Ruiz, Daniel Schneidermann, Robert Pollard et Jean-François Colosimo.
- soit le Pape a été maladroit, il a oublié qu'il n'était plus le théologien Ratzinger et que le Pape n'était pas libre de son brain storming comme l'était l'universitaire, c'est l'hypothèse suggérée par le père Khalil Samir et elle est crédibilisée par ce que raconte le père Fessio de l'attachement du Pape à maintenir ses réunions académiques;
- soit la provocation a été délibérée et (plus ou moins) soigneusement calculée, hypothèse en faveur apparemment dans la presse anglo-saxonne - dans cette hypothèse la vision des rapports entre la chrétienté et l'Islam sous-jacente reste fondamentalement antagoniste et les regrets exprimés sont de tactique.
Ce même mercredi, Philippe Val, dans l'édito de Charlie-Hebdo, a donné son analyse qui est comme une longue brève de comptoir (une longue de comptoir) pas drôle et à quoi manquerait la grâce de l'ivresse.
Extraits:
La démocratie est née de l'athéisme. Tous les démocrates, évidemment, ne sont pas athées, mais, pour simplifier, on pourrait dire que c'est la part d'eux-mêmes qui nie qu'un dieu quelconque organise la société humaine qui les a convertis à la démocratie.
En réalité, d'un point de vue philosophique, on est en face de deux conceptions du monde:(On conçoit que du côté du matérialisme dogmatique, le discours du Pape ne soulève pas un intérêt exagéré: c'est un peu prise de tête!)
1. Celle qui affirme que l'Univers est composé de deux substances distinctes, l'esprit et la matière. Il en découle tout ce qui justifie les dictatures, même celles qui, tels les communistes, se prétendent athées.
PS. Mis sur Cercamon un billet sur l'affaire Fessio, une sorte de répétition générale du discours de Ratisbonne.
(Je finis de poster ce billet en écoutant l'Esprit Public... Rémi Bourlanges plaide pour l'hypothèse 1 : Ratzinger pas encore assez Pape - et incidemment (courageusement?) reconnaît la pertinence de l'analyse de Ramadan, Max Gallo, contre lui, pour l'hypothèse 2: le Pape attaque et il a raison, ce qui n'étonnera personne.)
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lundi 18 septembre 2006
Le discours de Ratisbonne
Depuis hier une traduction française est disponible sur le site du Monde. Jusque là on n'en trouvait que des versions allemande (l'originale), italienne et anglaise sur le site du Vatican.
A la lecture deux constatations:
- cohérence et pertinence de la pensée développée dans ce discours. Cohérence basée sur la conception du christianisme conçu comme synthèse de la révélation juive et de la philosophie grecque. Pertinence parce qu'elle repose à l'Islam la question essentielle de l'interprétation de la révélation coranique. Dire comme Alexandre Adler tout à l'heure sur FC que Benoît XVI s'en prend au "rationalisme contemporain" est un contre-sens. Au contraire, le point de vue de pape serait plutôt hyper-rationaliste. L'interprétation d'Adler reprend la position de ceux qui au prétexte de lutte contre le créationnisme font du nihilisme la position scientifique nécessaire.
- la ligne d'excuse de l'église catholique selon quoi les extraits de l'ouvrage de Manuel II Paléologue ne reflèteraient pas la pensée du pape n'est pas convaincante à la lecture du texte. Dans son discours le pape ne prend pas explicitement ses distances avec le texte de Manuel II et dans tout le discours l'Islam n'apparaît que selon la présentation de Manuel II.
Au delà du Coran et du prophète de l'Islam, l'Islam n'apparaît dans le cours du discours que (par la grâce de l'éditeur du texte de l'empereur, ou plus exactement de R. Arnaldez cité par l'éditeur) représenté par Ibn Hazm (écrit "Ibn Hazn" dans les versions allemande et anglaise), qui, s'il est plutôt connu en Occident comme l'auteur du "Collier de la Colombe", traîté sur l'amour, a surtout été, en Andalousie, le champion d'une version littéraliste de l'Islam. (Il y a chez l'éditeur un glissement: il cite Arnaldez pour illuster la "doctrine musulmane". Or Arnaldez, qui ne méritait pas ça, ne parle que de la doctrine littéraliste d'Ibn Hazm et non de la doctrine musulmane en soi.)
Le texte de Manuel II est toujours disponible aux Sources Chrétiennes (Cerf). Comme il se trouve que je l'avais, je l'ai relu pendant le week-end. L'intérêt de la lecture n'est pas anecdotique: il me semble y trouver que la citation faite par le pape n'est pas anecdotique et qu'il y a un accord plus profond (et un peu inquiétant), voir la partie, à quoi le pape fait allusion, du rapport entre les 3 lois.
Ce qui est curieux enfin, c'est la littéralité avec laquelle le pape reprend cette édition, en particulier la note de Théodore Khoury où il est fait allusion à Ibn Hazm et R. Arnaldez et où il est dit que pour l'Islam la volonté de Dieu, de par son absolue transcendance, n'est pas liée par la raison. Comme s'il avait lu ça la veille et qu'il en faisait état auprès de collègues philosophes et théologiens sans avoir pris le temps de la réflexion et du recoupement.
Conclusion: il semble que Benoît XVI soit encore un peu trop Ratzinger.


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A la lecture deux constatations:
- cohérence et pertinence de la pensée développée dans ce discours. Cohérence basée sur la conception du christianisme conçu comme synthèse de la révélation juive et de la philosophie grecque. Pertinence parce qu'elle repose à l'Islam la question essentielle de l'interprétation de la révélation coranique. Dire comme Alexandre Adler tout à l'heure sur FC que Benoît XVI s'en prend au "rationalisme contemporain" est un contre-sens. Au contraire, le point de vue de pape serait plutôt hyper-rationaliste. L'interprétation d'Adler reprend la position de ceux qui au prétexte de lutte contre le créationnisme font du nihilisme la position scientifique nécessaire.
- la ligne d'excuse de l'église catholique selon quoi les extraits de l'ouvrage de Manuel II Paléologue ne reflèteraient pas la pensée du pape n'est pas convaincante à la lecture du texte. Dans son discours le pape ne prend pas explicitement ses distances avec le texte de Manuel II et dans tout le discours l'Islam n'apparaît que selon la présentation de Manuel II.
Au delà du Coran et du prophète de l'Islam, l'Islam n'apparaît dans le cours du discours que (par la grâce de l'éditeur du texte de l'empereur, ou plus exactement de R. Arnaldez cité par l'éditeur) représenté par Ibn Hazm (écrit "Ibn Hazn" dans les versions allemande et anglaise), qui, s'il est plutôt connu en Occident comme l'auteur du "Collier de la Colombe", traîté sur l'amour, a surtout été, en Andalousie, le champion d'une version littéraliste de l'Islam. (Il y a chez l'éditeur un glissement: il cite Arnaldez pour illuster la "doctrine musulmane". Or Arnaldez, qui ne méritait pas ça, ne parle que de la doctrine littéraliste d'Ibn Hazm et non de la doctrine musulmane en soi.)
Le texte de Manuel II est toujours disponible aux Sources Chrétiennes (Cerf). Comme il se trouve que je l'avais, je l'ai relu pendant le week-end. L'intérêt de la lecture n'est pas anecdotique: il me semble y trouver que la citation faite par le pape n'est pas anecdotique et qu'il y a un accord plus profond (et un peu inquiétant), voir la partie, à quoi le pape fait allusion, du rapport entre les 3 lois.
Ce qui est curieux enfin, c'est la littéralité avec laquelle le pape reprend cette édition, en particulier la note de Théodore Khoury où il est fait allusion à Ibn Hazm et R. Arnaldez et où il est dit que pour l'Islam la volonté de Dieu, de par son absolue transcendance, n'est pas liée par la raison. Comme s'il avait lu ça la veille et qu'il en faisait état auprès de collègues philosophes et théologiens sans avoir pris le temps de la réflexion et du recoupement.
Conclusion: il semble que Benoît XVI soit encore un peu trop Ratzinger.
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dimanche 17 septembre 2006
Suceptibilité musulmane: les caricaturistes danois, le pape et Figaro
En cherchant à "me faire une religion" sur cette affaire complexe, je suis tombé sur une citation de Beaumarchais:
Je broche une comédie dans les moeurs du sérail; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet, sans scrupule: à l'instant, un envoyé... de je ne sais où se plaint que j'offense, dans mes vers, la Sublime Porte, la Perse, une partie de la presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc: et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant: "chiens de chrétiens"!C'est tiré de la fameuse tirade de Figaro à l'acte 5, scène 3 du Mariage, celle où figure "vous vous êtes donnés la peine de naître, et rien de plus". J'ai peut-être été inattentif mais je ne me souviens pas l'avoir entendue citer au moment de l'affaire des caricatures et il faut que je la trouve aujourd'hui sur le blogue d'un néo-con américain!
En tous cas, ce que ça montre, c'est que le mécanisme n'est pas nouveau. On pouvait reprocher aux caricatures danoises d'être délibérément insultantes et provocantes. La question quant au discours du pape (on remarquera que le fond est le même, soit le rapport, essentiel éventuellement, de l'Islam à la violence) est celle de ses intentions. Les questions que pose le pape à l'islam sont, amha, pertinentes, la manière est étrange (l'utilisation d'un texte violemment polémique du 14e siècle). S'il n'y a là qu'une maladresse (Ratzinger ayant oublié qu'il est à présent Benoit XVI), les regrets exprimés sont suffisants, s'il y a une intention délibérée, alors c'est un jeu dangereux et on peut partager le sentiment de Jacques Attali: "Les déclarations du Pape ouvrent une ère vertigineuse et catastrophique. "
J'ai posté 2 billets de butinage sur cette affaire sur le blog-notes, hier et aujourd'hui. Voir en particulier l'article de Malek Chebel.
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mercredi 13 septembre 2006
Joseph Stiglitz sur France-Culture
Il était ce matin chez Demorand sur France-Inter. Je viens d'enregistrer le podcast et n'ai pas eu le temps encore de l'écouter.
En attendant 2, 3 remarques:
- mais le réjouissant, pour moi, ce fut à la fin, lorsque Stiglitz a répondu à je ne sais plus quelle question en protestant qu'il n'était pas de gauche mais au centre, qu'il essayait simplement de chercher ce qui marche et ce qu'il est possible de faire!
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mardi 12 septembre 2006
dimanche 10 septembre 2006
Baubérot: Inclure l’aire arabo-musulmane dans notre vision de l’"Occident ".
Le dernier billet de Jean Baubérot est un utile rappel-synthèse sur "ce qu'implique (et n'implique pas) la laïcité". Il continue de défendre une conception ouverte de la laïcité à l'encontre de la confiscation récente par l'ultra-laïcisme républicain (lequel n'est pas plus laïc que l'ultra-libéralisme n'est libéral).
A l'aide de 6 propositions, il fait un travail critique salubre qui lui permet de distinguer, par exemple, intolérance doctrinale et intolérance civile, expliquant que la laïcité, si elle impose aux citoyens, la tolérance civile n'exige pas d'eux la tolérance doctrinale. Elle lui permet également de dénoncer certaines idées fausses ou simplistes, par exemple celle qui ferait un principe laïc de la restriction de la religion au domaine privé.
Malgré l'envie que j'en ai, je ne vais pas paraphraser tout le billet: il est très clair et à lire en entier. Mais le meilleur, si j'ose dire, est à la fin:
6e proposition: inclure l’aire arabo-musulmane dans notre vision de l’«Occident».
Et ici, je me permets de citer in extenso:
La grâce d'une remarque venue de l'autre côté, de l'extrême de l'Orient, autorise Jean Baubérot à mépriser ce scrupule et à dire simplement que vu d'un peu haut et d'un peu loin, l'Islam et l'Occident partagent la même histoire, participent d'un même ensemble culturel. Bien sûr que ça demande des précisions, des articulations, des nuances mais il faudrait se décider à d'abord et enfin reconnaître notre communauté de destin, passé, présent et futur (et je me dis que c'est en grande partie faute de cette reconnaissance que les nombreuses découvertes, en particulier en histoire des sciences, qui depuis des années approfondissent la connaissance de notre dette généalogique, ont du mal à se trivialiser, à s'intégrer dans la culture générale).
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A l'aide de 6 propositions, il fait un travail critique salubre qui lui permet de distinguer, par exemple, intolérance doctrinale et intolérance civile, expliquant que la laïcité, si elle impose aux citoyens, la tolérance civile n'exige pas d'eux la tolérance doctrinale. Elle lui permet également de dénoncer certaines idées fausses ou simplistes, par exemple celle qui ferait un principe laïc de la restriction de la religion au domaine privé.
Malgré l'envie que j'en ai, je ne vais pas paraphraser tout le billet: il est très clair et à lire en entier. Mais le meilleur, si j'ose dire, est à la fin:
6e proposition: inclure l’aire arabo-musulmane dans notre vision de l’«Occident».
Et ici, je me permets de citer in extenso:
Je terminerai par une proposition précise, issue d’une discussion que j’ai eue avec un collègue japonais. Ce dernier m’a dit, à la fin d’un débat sur ces questions : « Finalement, vous n’arriverez pas à résoudre vos problèmes de laïcité tant que vous mettrez les pays arabes et l’islam dans l’Orientalisme. Le jour où vous considèrerez qu’ils font partie de l’Occident, vous aurez la moitié de la solution ».Les quelques-un(e)s qui suivent un peu régulièrement mon blogue reconnaîtront peut-être une préoccupation qui ne me quitte jamais et qui souvent motive mes billets, celle de (ré)intégrer le rôle du monde musulman dans la généalogie de l'Occident. Je ne me suis jamais risqué cependant à en tirer une formule aussi claire et synthétique que celle de Jean Baubérot. En particulier, lorsque CJ m'avait demandé de préciser l'intention que j'avais eu en citant longuement Husserl au début de cette année, je m'étais dit qu'il me faudrait commencer par dire que pour moi l'humanité arabo-musulmane devait être ajoutée à l'humanité européenne pour l'interrogation husserlienne mais aussitôt j'ai vu les difficultés, au moins d'exposition, que soulevait cette inclusion.
J’ai trouvé ce propos plein de justesse. C’est à une révolution mentale qu’il appelle pour nous tous (anciens Français –« Gaulois »- comme Français plus récents) que j’aimerais que ce blog contribue, à son modeste niveau.
La grâce d'une remarque venue de l'autre côté, de l'extrême de l'Orient, autorise Jean Baubérot à mépriser ce scrupule et à dire simplement que vu d'un peu haut et d'un peu loin, l'Islam et l'Occident partagent la même histoire, participent d'un même ensemble culturel. Bien sûr que ça demande des précisions, des articulations, des nuances mais il faudrait se décider à d'abord et enfin reconnaître notre communauté de destin, passé, présent et futur (et je me dis que c'est en grande partie faute de cette reconnaissance que les nombreuses découvertes, en particulier en histoire des sciences, qui depuis des années approfondissent la connaissance de notre dette généalogique, ont du mal à se trivialiser, à s'intégrer dans la culture générale).
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