dimanche 6 août 2006

Ruminations (suite): indignations

Beaucoup réfléchi à mes intolérances: comme j'ai initialement réagi au texte de B., comme j'ai éteint la radio l'autre jour, après m'être efforcé, en vain, à écouter l'émission d'Aline Pailler. Je crois reconnaître une raison de mon intolérance (de mon énervement à un certain ton, une certaine manière, un certain style, une certaine rhétorique), dans le traumatisme du référendum européen. Je retrouve le même type de consensus, le même mécanisme. Mécanisme d'impuissance, rôle des "philosophes" ie rhéteurs... Ce qui fait que je réagis très fortement dès que je reconnais cette rhétorique même lorsque le contenu peut me paraître proche de ce que je pense. Chat échaudé craint l'eau froide. C'est ainsi que je suis en dette depuis quelques jours d'un billet sur l'immigration: je m'aperçois que j'ai réagi ces dernières semaines au ton des argumentaires anti-sarkozyste, ce qui fait que je m'apparais à moi-même, et que dire alors des autres, comme défendant ces lois, alors que, si je me pose calmement la question, je me rends bien compte que j'y suis opposé. Les argumentaires de ceux qui les combattent me poussent dans l'autre camp, ce à quoi il me faut résister. Et je suis ainsi en dette d'une petite note sur les lois Sarkozy qui ne soit pas réactives à ces indignations de gauche où je crois reconnaître reconvertie l'énergie rhétorique qui fut noniste.

samedi 5 août 2006

Ruminations oisives

L'orage gronde. Nous nous préparons à partir pour l'Italie.

La radio (FC!) est bonne fille avec moi. Tout à l'heure, elle me donne une seconde émission avec Jean-Pierre Dupuy, qui vient compléter celle de samedi dernier dans la direction exacte qu'avaient prise mes ruminations. Hier soir, le "grand débat contemporain" (rencontre de Grenoble) est consacré au capitalisme, pile ce qu'il me fallait pour continuer l'autre embranchement des mêmes ruminations. Et entretemps Elizabeth Roudinesco revient sur l'hystérie, la comparant avec la dépression, expliquant que la chute du mur de Berlin a marqué le remplacement du règne de la première (la révolte) au profit de la seconde, d'une manière qui consonne parfaitement avec les considérations sur la perte du sens du "philosophe" Patrick Viveret au grand débat d'hier soir.
Incidemment, j'apprends que Jean-Pierre Dupuy a travaillé avec Ivan Illich... Donc je me décide tout à l'heure, juste avant la sieste, à ouvrir le gros 2e volume des oeuvres d'Illich, la destruction du vernaculaire. Et ça me rappelle un moment du débat d'hier soir, ce que disait Patrick Viveret, la disparition du secteur gratuit, je me rends compte que c'est du Illich tout cru. Cela avait été repris par Peyrelevade et je m'étais dit que personne, ni l'alter Viveret, ni les économistes Cohen et Fitoussi, ni les "exécutifs" Peyrelevade et Lamy, n'ont fait d'allusion au développement des échanges et de la production non marchande sur l'Internet (j'avais il y a quelques mois remarqué la même cécité chez Attali).
Tout cela est assez réjouissant... enfin, un peu inquiétant aussi: ne pensé-je que par réaction? Bessai, en tous cas ça a déjà été plus dispersant.

Abd al Malik: rap et soufisme



Jonchée de liens à propos d'Abd al Malik, découvert hier matin par "les autres":


Les commentaires du dernier billet lié ici sont à lire: dans l'inteview Abd al Malik s'explique sur l'allusion à Tariq Ramadan dans un de ses morceaux et sur ses différents avec ce dernier. Plusieurs commentateurs lui reprochent son angélisme (d'autres, dans un contexte non musulman, verraient en lui un "bounty"; dans le contexte rap, ils reconnaissent le syndrome McSolar...).
La position du soufisme dans les débats et les enjeux actuels est intéressante: sous-médiatisé du moment qu'on parle politique, condamné par le wahabisme, il lui est reproché par les anti-musulmans d'être le miel pour attirer les idiots utiles à l'Islam conquérant mais les islamistes lui reprochent symétriquement de stériliser la conscience musulmane en la dépolitisant.

Paroles Abd Al Malik - Les autres - lyrics Abd Al Malik parole lyric
J'étais voleur et avant d'aller voler, je priais
je demandais à Dieu de ne pas me faire attrapper
je lui demandais que la pêche soit bonne
qu'à la fin de la journée, le liquide déborde de mes poches
bien souvent, j'ai failli me noyer, j'ai été à sec aussi, souvent....
quand je croisais papa, le matin, aller travailler avec sa 102 bleue
en rentrant, le matin, de soirée, j'me disais "c'est un bonhomme mon vieux"
ensuite, j'me faufilais dans mes couvertures et j'dormais toute la journée
le style "Vampire" dormir la journée et rôder une fois le soleil couché
le genre de prédateur à l'envers, le genre qui à la vue d'un poulet meurt de peur
je ne me suis jamais fait prendre, et si j'avais été pris, aux keufs, j'aurais dit...

Les autres, les autres, c'est pas moi c'est les autres....
Le Bondy Blog: Abd al Malik sur les pas du King
"L’islam, moi, me rapproche des autres. Et je me suis aperçu que la France et ses lois étaient une chance, bien que, dans la réalité, il y ait des citoyens de seconde zone. J’avais le choix entre une posture de clash ou une posture intelligente. La France est multiple, multiculturelle. Il faut avancer tous ensemble avec un projet commun. Il faut faire en sorte que la France soit en phase avec ses citoyens. Pour moi, le meilleur moyen de faire avancer ce message, c’est l’art. Je suis un passionné d’écriture. Toute ma démarche est basée sur ça. En même temps, j’estime avoir une démarche militante. Pour moi, le patriotisme n’est pas quelque chose de négatif. Je suis patriote français, j’aime mon pays."
Nouvelles Clés - Entretien : Abd al-Malik
"On sait bien que les premières victimes des violences sont toujours les personnes les plus fragiles, autrement dit les gens des quartiers eux-mêmes. Les voitures qu’on brûle, les écoles qu’on brûle, ce sont les nôtres ! Nous nous lançons des pierres à nous-mêmes. Et ça, c’est la preuve que nous sommes à bout. Quand quelqu’un n’en peut plus, il se suicide. Mais on sait bien que la plupart de ceux qui font des tentatives de suicide ne veulent pas mourir ; ils envoient un message désespéré : « Écoutez-moi, j’existe!» C’est exactement ce qui est en train de se passer."
Abd Al Malik: 'Ma force personnelle me vient de l'Islam'
"C'est bien dans cette démarche que j'ai dit « La Suisse » et que je n'ai pas cité de nom. Je n'ai rien contre cette personne, mais aujourd'hui, dans ses propos, c'est comme si être musulman devenait un acte politique. Ceci est un danger. Pour moi l'islam est une spiritualité. C'est quelque chose qui nous nourrit à l'intérieur et qui nous pacifie, nous-même et notre rapport aux autres, à la fois aux musulmans mais aussi aux non musulmans. C'est toute cette notion de Djihad Annefs (la lutte contre soi-même). De mon point de vue, il est très important de ne pas être dans l'amalgame ou une personne qui voudrait entrer en islam ou qui s'y intéresse, pense qu'être musulman c'est avoir tel avis politique ou telle démarche."

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vendredi 4 août 2006

Hier soir, à la Paloma...

DSC01603
DSC01603,
originally uploaded by cercamon.
... la canicule est terminée! Au bord de l'eau, il fait presque frais, délicieux.

LaserPoésie 70


"Le 26 Février 1936 il y avait un coup d'état à TOKYO organisé par de jeunes officiers contre le système de l'armée japonaise et son gouvernement et contre le fascisme. Tous les jeunes officiers ont été exécutés au nom de l'empereur (même si un des frères de l'empereur était lui-même impliqué dans ce coup d'état). Faisant partie de ces jeunes officiers, il a peint avant d'être exécuté et transmis sa peinture à son beau-père. Il avait 30 ans. Puis le Japon s'est engouffré dans la deuxième guerre mondiale et fut vaincu (une page cachée de l'histoire du Japon). Dans son testament on retrouve les extraits suivants: " je regrette avoir cru en mes
supérieurs qui nous ont manipulés au nom de l'empereur" " je voudrais regarder le bleu du ciel" "je voudrais nager dans les lumières du soleil" "et je voudrais laisser mes traces de pieds jusqu'au bout de cette terre immense" "je voudrais respirer jusqu'à la dernière bouffée de mon poumon le parfum des feuilles de bourgeons des arbres" "puis j'aimerais travailler pleinement…après avoir tout perdu, mon coeur revit" Takeshima TUGUO.
Ils étaient précurseurs du Japon Moderne."
(Je viens de recevoir le dernier numéro de LaserPoésie - 70 - de Yoko, Yayoi et Karim. yokogunji[at]wanadoo[point]fr)

mardi 1 août 2006

Indignations et catastrophes

La discussion sur la politique d'immigration, entamée sur Reprises et archivée ici, a rebondi jeudi dernier en commentaires sur un billet de Strani: "l'Indignation en fête".
J'avais cette discussion en tête en prenant une note à l'écoute d'une récente émission où était interviewé le philosophe Jean-Pierre Dupuy. Ce qui m'est apparu alors, c'est la nécessité de penser la question de l'immigration selon un horizon global "catastrophique" (voir le diaporama sénégalais lié dans mon précédent billet). La liaison entre la question nationale de l'immigration et le déséquilibre global entre pays pauvres et pays riches est évidente et elle est faite partout mais ce que me montrait Dupuy, c'est qu'on ne pouvait s'arrêter là et qu'il faut penser la question de l'immigration en même temps que celle du développement, de la croissance et du risque climatique.
Par ailleurs, j'ai reçu ce matin d'Anne un projet d'article sur le sujet, proposé, semble-t-il, à Charlie-Hebdo par un professeur de philosophie. J'en parle ici parce qu'à la fin du papier l'auteur écrit:
L’étranger (substantif) c’est en réalité celui qu’il faut « étranger » (verbe) pour que la nécessité de sa présence (...) reste soumise à la discrétion et à l’arbitraire de ceux qui gèrent les populations comme des stocks de marchandises. Ceux dont nos sociétés ne supportent pas de reconnaître qu’elles en ont besoin doivent devenir clairement et rationnellement, à tout moment, susceptibles d’être exclus : reconduits, asservis, avilis, réduits de plus en plus à la misère, discriminés. En d’autres temps, ils furent réputés tuables. C’est, souterrainement, la même logique. Celle des camps de la mort des années 1942-45, celle du massacre des Algériens d’octobre 1961.
Ce que je trouve intéressant ici, c'est que la question des expulsions est pensée dans un cadre plus large: on y reconnaît l'allusion à la problématique de l'"immigration choisie" mais surtout on peut y reconnaître, il me semble, à un niveau plus large encore, la problématique heigeggerienne de la technique. La mise en parallèle, comme application de la même logique, des expulsions d'immigrants illégaux avec les camps de la mort nazis peut sembler contestable et une nième application de la loi de Godwin, je crois plutôt y reconnaître un écho de la célèbre déclaration de Heidegger en 1949. Le papier cité ici ne parle que de l'arraisonnement des hommes, pas de la nature, mais si l'on accepte d'y lire un écho de Heidegger, on arrive à l'horizon des catastrophes, selon une logique, cependant, qui n'est pas celle des catastrophes mais celle des crimes (les catastrophes ont, éventuellement, des responsables, les crimes ont des coupables).

On voit bien ce que la pensée heideggerienne a de pertinent à la convergence de nos catastrophes. Cette pertinence est telle, que pensée sous l'hypostase de la Technique, elle bouche l'horizon d'un projet politique de sortie de la dynamique des catastrophes, en amont d'une analyse critique et d'une généalogie des catastrophes. Ce qui est vrai de la pensée heideggerienne est vrai des pensées analogues qui, en hypostasiant le Mal (la Technique, le Libéralisme, etc.), ne laisse la place qu'à l'indignation ou au retrait.

Pour citer Bertrand Ogilvie (à qui j'espère que le récent limogeage de Marcel Bozonnet aura fait prendre conscience que le voir en fantassin de l'ordre moral était pour le moins une bévue - soit dit en passant):
"La jouissance de l’indignation remplace trop souvent la lutte quotidienne, plus obscure, moins gratifiante narcissiquement, moins médiatique, mais plus effective."
(l'Huma du 10 juin dernier)

Kerblog ce matin

KERBLOG: "i have 0:31 on the battery level on my old laptop. no 0:30 in fact. just enough time to write this post, but no time to upload today's drawings (and some of yesterday's). (...)
it is quite funny to write on a laptop connected to the world with a candle next to the keyboard to see the letters."

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