dimanche 6 octobre 2019

Macron, gauche et droite

N.: C’est un peu le problème aujourd’hui, l’élection d’E. Macron a tellement dynamité le PS et LR que toutes les balises idéologiques ont explosé. Qui sont les représentants légitimes (et reconnus) de la droite « traditionnelle » aujourd’hui ? Cela permet à toute le monde de s’appeler « la droite » et de récupérer des idées, même les plus nauséabondes...
L'élection de Macron m'apparaît plus comme une conséquence que comme une cause. L'opposition entre gauche et droite recouvrait, masquait une opposition, concrètement plus cruciale, entre souverainistes et européistes. Depuis 1981 au moins le champ politique paraissait structuré selon un axe gauche-droite avec à l'intérieur de chacun des camps une opposition secondaire entre partis de gouvernement et partis anti-système, et une grande partie du débat tournait autour de la question des alliances. La construction européenne a progressivement radicalisé cette opposition secondaire en sorte que le paysage était devenu clairement quadripartite, pour qui voulait le voir. Cependant les partis ne reflétaient pas cette situation et les deux grands partis de gouvernement (ou coalitions plus exactement mais simplifions) se sont efforcés de neutraliser l'opposition sur la question européenne en maintenant dans leur parti deux options de moins en moins compatibles. Il est significatif que l'éclatement du paysage politique (le "vieux monde") s'est produit à l'issue du quinquennat d'un François Hollande dont l'œuvre principale avait été d'avoir, comme secrétaire général du PS, colmaté la brèche ouverte au sein de celui-ci par la "trahison" de Laurent Fabius (les péripéties du référendum de 2005 sont très parlantes, s'agissant des avatars du paysage politique français), et le gouvernement Valls, à reprendre des postures sarkozystes, a démontré l'épuisement de la division gauche / droite lorsque qu'il s'agit de gouverner. Sur ce fond, l'élection de Macron paraît moins surprenante.

Le problème est qu'aujourd'hui le paysage politique apparaît non plus structuré selon l'opposition binaire entre gauche et droite, mais pas pour autant selon une division en quatre. Il est aujourd'hui tri-parti: un centre européiste et libéral encadré par deux extrémismes souverainistes et anti-libéraux. Ce qui reste de la gauche et de la droite de gouvernement, c'est-à-dire ce qui n'a pas été phagocyté par En Marche, a le plus grand mal à se distinguer de son voisin extrême (ce qui, si l'on admet que la structure de base est quadri-partite est logique). Du coup, si dans l' "ancien monde" l'opposition gauche/droite masquait l'opposition européiste/souverainiste (qui recouvre une opposition sur les valeurs plus globale), c'est aujourd'hui l'inverse et c'est l'opposition gauche/droite qui se trouve refoulée (voir les problèmes pour classer selon l'axe g/d le mouvement des GJ). Je ne crois pas pourtant qu'elle soit obsolète. Je crois qu'il reste une opposition essentielle entre gauche et droite sur les valeurs et qu'il y aurait la place et l'utilité pour, à gauche comme à droite du gouvernement, un soutien critique (ou une opposition modérée, comme on voudra), une représentation politique qui ne soutienne pas ni ne s'oppose systématiquement, et qui évalue au cas par cas l'action de l'exécutif, au nom, à gauche, du souci de l'égalité, et, à droite, de la liberté d'entreprendre.

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