mercredi 1 novembre 2006

retour sur le référendum européen de 2005 et les médias

Le site relatio rend compte de la publication sur Notre Europe d'un rapport de Jacques Gerstlé, professeur au département de science politique de la Sorbonne, sur "L'impact des médias télévisés sur la campagne référendaire française de 2005".

Conclusion:
La question qui se pose donc, maintenant, est de comprendre l’échec de cette insistance sur un Oui archi-dominant dans l’information au cours de la campagne référendaire. En d’autres termes, comment expliquer l’échec de persuasion de la campagne en faveur du OUI.
Elle apparaît bien comme résultat de la convergence de deux facteurs, l’un situé en amont de la réception des messages de campagnes et qui est lié à la diversité des sources de campagne, l’autre étant situé en aval de la réception par l’individu et qui témoigne de sa résistance à la persuasion du OUI. En amont, se trouve la distinction entre communication contrôlée par l’acteur politique et information quotidienne contrôlée par les médias. A ce titre, on ne peut que pointer l’antagonisme entre les représentations dominantes de nature délégitimatrice à l’égard de la construction européenne donnée par l’information ordinaire et le message nécessairement euphorisant de la campagne pour le OUI. En amont encore, on pointe l’importance du cadrage national, qui est discriminant et relègue la communauté européenne
derrière les exigences de la communauté nationale. En amont enfin, il faut souligner combien l’information européenne ordinaire donne une représentation fragmentée de l’espace public européen entièrement soumis aux exigences des agendas politiques nationaux.
En aval de la réception, il faut retenir les inégalités de compétence politique comme étant de nature à filtrer le message européen. De même la dispersion des prédispositions des attitudes politiques ne peut-elle que gêner la diffusion du OUI, notamment quand l’environnement d’information est très « bruyant » et hétérogène et donc de nature à créer un espace polarisé pour parler comme Zaller. Enfin, le cumul des facteurs de l’amont et des facteurs de l’aval rend la victoire du NON plus intelligible en remettant en cause une conception linéaire de la persuasion comme dépendante de l’unique quantité d’information et de communication transmise (Gerstlé, 2006).
Conclusion résumée en termes moins techniques sur relatio:
Se concentrant sur l’information télévisée, il montre notamment que l’influence des médias doit être appréhendée de façon générale, car elle se fait souvent sentir de façon indirecte. L’insistance sur certains objets, tout comme les représentations des acteurs, peuvent contribuer à influencer la perception qu’ont certains électeurs des enjeux du débat. Ainsi, dans le cas du référendum, l’importance accordée dans l’information aux questions sociales, notamment autour de la fameuse « directive Bolkestein » et les images délégitimatrices de la construction européenne véhiculées par les informations « ordinaires » ont alimenté les craintes d’une partie de l’électorat.
Cette étude très fouillée a le grand mérite de nous mettre en garde contre les lectures simplistes selon laquelle la quantité d’information soumise est le critère décisif pour apprécier l’impact des médias dans un domaine.
On retrouve dans l'étude le graphique que j'avais utilisé dans un billet où je m'interrogeais sur la dynamique du non, complété par les chiffres de l'abstention qui semblent montrer que la montée du non a été en grande partie une mobilisation des abstentionnistes.

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