mercredi 29 décembre 2004

Cultures d'Islam: Spirituel et temporel, Frédéric II et Averroès

Culture d'Islam la semaine dernière: le théologico-politique. Deuxième entretien avec Christian Jambet. La veille, Benjamin Stora consacrait, lui aussi son émission aux rapports entre politique et religion en Islam à propos du mahdisme. L'émission de B. Stora, qui recevait Djamel Eddine Bencheikh, si elle démontrait une bonne volonté frôlant le politiquement correct, était brouillonne (il faudrait montrer comment la bonne volonté politiquement correcte énerve constamment la nécessaire réflexion sur l'Islam - s'il y avait une chose à retenir du livre de Jacques Ellul (cf. posts précédents), ce serait cette dénonciation de la tendance, un peu datée aujourd'hui, des penseurs français de se faire un Islam à leur souhait et à le prendre pour l'Islam réel). Au contraire ici les rapports entre Islam et politique sont traités, malgré la brieveté de l'émission, avec subtilité et clarté, au delà de la thèse aujourd'hui courante qui veut que l'Islam soit essentiellement réfractaire à la laïcité parce qu'en Islam le religieux et le politique seraient inextricablement confondus.
Particulièrement réjouissantes deux thèses, l'une autour de quoi je tournais depuis un moment et l'autre que j'avais comprise en lisant les livres parus à l'occasion de l'anniversaire de la mort d'Ibn Rushd, en 1998 (en particulier celui de Dominique Urvoy):
Thèse 1 (je cite A. Meddeb, pardon à lui pour la littéralité!): La mise en place de la structure de la monarchie européenne sera due à la manière avec laquelle Frédéric [II de Hohenstaufen] s'est inspiré des structures orientales auxquelles il a eu à faire et notamment le corps des ulémas auquel il pensé pour créer un corps de juristes, un enseignement théologico-juridique très important, pour en créer un corps de cléricature très proche et inspiré de celui des ulémas et qui selon [Ernst] Kantorowicz constituera pratiquement la base structurale de l'évolution de la monarchie en Europe.
Thèse 2: Les dernières études nous rappellent ce rôle majeur du philosophe [Averroès], qu'on pensait totalement affranchi, qui a pensé au service d'une idéologie, l'idéologie almohade, unitarienne, qui est aussi une volonté de retour aux origines, qui est un peu fondamentaliste.
Chacune de ces thèses demanderaient un long commentaire (comme je regrette ici le mal que j'ai à écrire!). Dans les deux cas il s'agit de la généalogie de notre "laïcité", cette laïcité que nous, Français, avons sans cesse à la bouche, dont nous faisons l'étendard de notre excellence, en face de nos voisins/adversaires du nord-ouest comme du sud-est, et dont le contenu est de moins en moins clair. Juste dire qu'il faudrait bien finir par prendre conscience et réfléchir au fait que le monde musulman a été le laboratoire de cette laïcité.

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